Mettre le paquet sur la formation initiale du corps enseignant
Neuchâtel - 21/08/2009

Le plus beau métier du monde mérite plus qu’une formation initiale au rabais. L’indispensable et exigeant amour des enfants se doit d’être doublé de solides connaissances personnelles.

L’enseignement, un métier très clairement intellectuel

Dominer de nombreuses connaissances est nécessaire dans le métier d’enseigner. Et mieux ces savoirs sont maîtrisés, mieux ils sont vulgarisés et transmis.

J’ai lu un jour dans un ouvrage de sociologie scolaire, que j’avais pris au sérieux à l’époque, que le problème majeur de l’enseignement était le décalage toujours croissant entre un corps enseignant qui continue de se cultiver au fil des ans et les enfants qui lui sont confiés qui ont toujours le même niveau. Foutaises que ce type de réflexion ! L’enseignant-e trop savant-e qui ne sait pas se faire comprendre de ses élèves est un mythe. Celle ou celui qui domine vraiment sa matière peut s’adapter à tous les auditoires. Les savoirs-être et les savoirs-faire sont certainement encore trop privilégiés au niveau de la formation initiale des enseignant-e-s : ils devraient être mis au service des savoirs sur lesquels il faudrait davantage insister. L’ouverture d’esprit est à ce prix. L’acquisition de connaissances sérieuses et précises dans une discipline aiguise en effet la curiosité et anéantit les prétentions intellectuelles mal placées. C’est le fameux cercle de la connaissance. Moins on en sait, plus on croit savoir ; plus on en sait, plus on est conscient de son inculture dans les très nombreux domaines dans lesquels on ne s’est pas spécialisé. On repousse alors régulièrement les limites de son ignorance en cherchant à capter de nouveaux savoirs aux meilleures sources, qu’elles soient livresques ou humaines.

Idéalement, l’enseignant-e devrait également être un-e spécialiste de l’enfance et de l’adolescence. Ce volet-là n’est pas non plus extrêmement développé en formation initiale. Enfin, il faudrait que les membres du corps enseignant soient des experts de l’apprentissage intellectuel, qu’on nous apprenne comment fonctionne le cerveau et la mémoire et que ces savoirs scientifiques soient mis en rapport avec les réalités des apprentissages scolaires. Est-ce trop demander à l’heure de l’essor des neurosciences et d’une société de plus en plus dominée par la technologie ? Nous, enseignant-e-s, spécialistes des apprentissages intellectuels, que savons-nous du fonctionnement de notre cerveau ? Comment imaginer un préparateur physique d’un grand champion sportif qui ne sache quasiment rien de la physiologie humaine ?

L’acquisition de solides connaissances dans les champs de savoirs évoqués ci-dessus justifierait déjà à elle seule un allongement de la formation initiale des futur-e-s enseignant-e-s du primaire et son passage à un niveau master. Mais les responsables politiques cantonaux, dans le cadre de CDIP (conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique) ne l’entendent pas de cette oreille.

Un monde politique pour le moins attentiste

L’introduction d’HarmoS, avec l’avènement d’une école primaire de 8 ans (-2+6), aurait pu être l’occasion de la mise en place d’une formation initiale de niveau master pour tous les membres du corps enseignant. Le conservatisme des responsables politiques cantonaux n’aura pas permis cette avancée déterminante dans l’optique d’une professionnalisation accrue de notre métier d’enseignant-e. On en restera à trois ans de formation initiale, un point c’est tout. On aimerait croire que ce sont seulement des raisons d’ordre financier qui dictent l’attitude attentiste des autorités politiques. Mais l’équivalence « petits niveaux = petite formation » a l’air d’être encore imprimée dans pas mal de têtes. Le développement des temps partiels est également montré du doigt : « Pourquoi offrir une formation de haut niveau à des dames qui officieront à horaire réduit ? ». On nous a aussi servi un argument pour le moins spécieux : l’allongement de la durée de la formation initiale découragerait les vocations. L’inverse est vrai. C’est le maintien d’une formation jugée trop brève (bachelor professionnel) pour être véritablement qualifiante qui fait baisser les effectifs dans les HEP. Proposer un master pour toutes et tous permettrait d’attirer plus de bons éléments.

Quel que soit le modèle en trois ans retenu par la CDIP, la formation initiale sera tronquée. Deux variantes tiennent pour l’instant la corde. L’une, horizontale, privilégie la notion de cycles : on formerait les futur-e-s enseignant-e-s exclusivement dans l’un des deux cycles du primaire (-2+2 ou 3-6) : cette option entérinerait une vision compartimentée de la scolarité obligatoire en totale opposition avec la vision transversale et particulièrement constructive de cette même scolarité qui fait tout l’intérêt du PER (plan d’études romand). L’autre, verticale, limiterait le nombre de branches enseignables sur toute la scolarité obligatoire. Malgré un nombre de disciplines à dominer plus restreint, l’objectif ambitieux de cette proposition paraît difficilement atteignable en trois ans. Son application marquerait aussi la fin officielle de l’enseignant-e généraliste. Aucune de ces deux variantes ne pourra donc obtenir le soutien des associations professionnelles. Et ce refus sera clairement motivé, de manière à essayer de faire avancer la réflexion dans les têtes des dirigeants cantonaux de l’école publique qui, plus souvent qu’à leur tour, donnent aux professionnel-elles de l’école la fâcheuse impression d’avoir quelques trains de retard.

Une solide formation initiale, la meilleure garantie d’une formation continue efficace

La qualité de la formation initiale se mesure dans les dix premières années d’enseignement. Les connaissances acquises, les jalons posés, les réflexions semées ou les principes intégrés durant la période de formation initiale seront-ils suffisants à nourrir la nécessaire évolution que connaît chaque enseignant-e ?

Une formation continue, même de très grande qualité, ne peut pas compenser une formation initiale déficiente. Mais une solide formation initiale permet d’orienter au mieux sa quête de formation continue, tout d’abord sur un plan personnel, au gré de lectures, de rencontres et de discussions extra-scolaires. Mais aussi, en fonction de ses besoins et ses disponibilités, en profitant des offres institutionnelles qui, malgré les restrictions budgétaires, restent variées et attractives. Une personne bien formée à la base profitera davantage d’un module de formation continue, qu’il soit facultatif ou obligatoire. La formation continue fait partie intégrante d’un métier intellectuel comme le nôtre. Mais se former prend du temps, comme la préparation de son enseignement. C’est ainsi que le principe d’une formation continue obligatoire prise pour moitié sur temps de travail et l’autre sur temps hors école devrait être scrupuleusement respecté et les éventuels frais de transport remboursés par l’employeur.

A toutes et à tous, bonne rentrée et bonne année scolaire 2009/2010 !

 
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