Mesures d’économies et école neuchâteloise
Neuchâtel - 12/06/2009

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

                                                                                              Sénèque

La poursuite de la réforme de l’Etat neuchâtelois et la crise économique ne feront qu’accentuer les pressions sur le budget alloué à l’école neuchâteloise.

Si le département de l’éducation entend simplement poursuivre et multiplier les mesures d’économies prises sous l’ère Perrinjaquet, sans redéfinir les missions de l’école, ni réformer les structures et adapter les programmes et les offres de formation, les syndicats d’enseignants se verront dans l’obligation d’interpeller le Grand Conseil ou peut-être d’en appeler au peuple souverain pour statuer sur l’évolution de l’école de notre canton.

Dernière législature négative pour l’école neuchâteloise

Le bilan des quatre dernières années pour l’école obligatoire et le secondaire II dans notre canton est malheureusement des plus limpides : Mme Sylvie Perrinjaquet, ses subordonnés et les directeurs d’école se sont astreints à réaliser le maximum d’économies dans l’école neuchâteloise. L’ancienne cheffe est allée si loin qu’elle a elle-même proposé la négociation d’un Accord DECS-syndicats d’enseignants pour atténuer les effets les plus néfastes des mesures d’économies, accord qui a aussi permis de résorber une inégalité criante qui touchait les maîtres de pratique dans le secteur professionnel. Je rappelle en passant que Mme Perrinjaquet n’a ni présenté, ni défendu cet Accord devant le Conseil d’Etat et que ce sont donc les syndicats d’enseignants qui ont dû demander au Grand Conseil d’intégrer l’Accord au budget 2009.

Des économies qui ont mis à rude épreuve un système à bout de souffle

Pourquoi les mesures d’économies font et continuent de faire tant de mal à l’école neuchâteloise ? Parce qu’elles mettent à mal une école dont les structures fondamentales n’ont que peu varié ces dernières décennies. Couper dans une école qui sélectionne et qui renforce l’échec scolaire peut tout de suite faire très mal. Un exemple concret : l’augmentation des effectifs en section P (préprofessionnelle). Le système neuchâtelois sélectionne précocement les élèves en fin de 6ème année (8ème HarmoS), et les élèves ayant réalisé de faibles performances scolaires se retrouvent en section P. Rassembler dans une filière spécifique les élèves qui connaissent des difficultés scolaires nécessite un solide encadrement et de petits effectifs pour faire progresser les « cas » qu’on a concentrés dans ce type de filière. L’augmentation du nombre d’élèves dans les classes de P, sans un encadrement accru, péjore rapidement les conditions d’enseignement.

Une école obligatoire à réformer

La mise en application d’HarmoS devrait être l’occasion de rénover l’école obligatoire neuchâteloise, sans nécessairement qu’elle soit plus coûteuse. Le maillon fort de l’école obligatoire est sans contexte son école primaire, qui a déjà connu sa grande réforme. Les extrémités de l’école obligatoire devraient quant à elles connaître d’importantes mutations. L’école enfantine devient en effet partie intégrante de l’école obligatoire et le système des filières de l’école secondaire ne favorisant plus suffisamment une bonne intégration des jeunes dans le monde du travail ou dans les filières du secondaire II, il est tout à fait logique de voir cette partie de l’école obligatoire se réformer elle aussi.

Pas de nouvelles mesures d’économies touchant l’école sans réformes

Voici une revendication claire et constructive.

Nous combattrons énergiquement de nouvelles mesures d’économies qui ne feraient que couper dans le système actuel.

Un resserrement des missions fondamentales de l’école (qui ne peut et ne doit pas tout faire), une limitation drastique des redoublements qui passe par une école obligatoire intégrée, sans filières, accompagnée d’un développement du soutien pédagogique individualisé, souple et ciblé (lecture en primaire, lecture et maths en secondaire), qui reviendra moins cher qu’un redoublement, sont des exemples d’évolutions positives et potentiellement génératrices d’économies.

Une école neuchâteloise HarmoniSée et intégrée permettrait d’offrir 11 ans d’école obligatoire à chaque jeune neuchâtelois, quelles que soient ses capacités scolaires, mais avec du soutien pour celles et ceux qui connaissent le plus de difficultés : une école équitable capable d’accompagner les enfants qui lui sont confiés le plus loin possible dans leur éducation, aussi bien les bons que ceux qui le sont moins.

Des tests fiables de compétences, type PISA, en 8ème année (10ème HarmoS) pourraient jouer un rôle constructif dans l’orientation de nos jeunes, à qui il faudrait aussi offrir des possibilités plus larges qu’aujourd’hui de suivre des stages durant l’école obligatoire pour se faire une idée des branches d’activité dans lesquelles ils désireront ou non se lancer. Des examens en fin d’école obligatoire seraient également envisageables pour prendre en compte les véritables compétences acquises par des jeunes qui se destinent à des études longues, plutôt que leur seule appartenance à une filière, comme c’est encore le cas aujourd’hui.

Economies immédiates : pas touche aux indices horaires, pas touche aux salaires !

La rénovation de l’école constituerait un vaste chantier dont les bénéfices en termes financiers ne devraient pas être immédiatement spectaculaires, à moins de supprimer brutalement certains pans de notre école avec à la clé de terribles menaces sur les emplois d’une partie du personnel enseignant en place ! Mais le système des enveloppes budgétaires qui diminuent d’année en année, traduction concrète du frein à l’endettement qui conditionne l’action politique dans notre canton depuis 4 ans, exige toujours plus d’économies dans un temps record. Le grand argentier du canton et principal promoteur des réformes, M. Jean Studer, a joué juste en économisant dans la fonction publique neuchâteloise sans trop toucher aux salaires. Mais la nouvelle majorité de droite au Conseil d’Etat gardera-t-elle ce cap ou sera-t-elle tentée d’économiser directement sur nos salaires en augmentant les indices horaires ou en cherchant à modifier les systèmes de rémunération pour nous payer moins ?

Toute initiative du Conseil d’Etat allant dans ce sens aboutirait à un affrontement au Grand Conseil et avec le corps enseignant du canton dont les salaires ont déjà été beaucoup trop ponctionnés ces dernières années.

                                                                                                                      John Vuillaume

 
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