Le temps de l’enfance
Genève - 12/06/2009

L’école obligatoire à 4 ans – depuis le temps qu’on en parle ! – va bientôt devenir réalité. Il y a un moment déjà qu’à Genève l’idée est acquise. Mais ce qui paraît être une évidence soulève aussi des préoccupations fondamentales.

L’accord sur l’harmonisation de la scolarité obligatoire (concordat HarmoS) a été accepté à Genève sans susciter de vrai débat. Il entrera en vigueur dès le 1er août 2009 et sera mis en place durant la phase transitoire qui suivra (jusqu’en 2015). L’école enfantine sera ainsi obligatoire dès la rentrée 2011 et l’enseignement primaire comptera huit degrés (1-8) répartis en deux cycles de quatre ans. Même si ces deux premières années de la scolarité sont déjà fréquentées par la plupart des élèves (95% en 1E et 97% en 2E), le changement n’est pas anodin.

Une reconnaissance attendue des premiers degrés

La suppression du caractère facultatif de l’école enfantine devrait valoriser le travail essentiel qui s’effectue auprès d’élèves de 4 et 5 ans. Mais le risque d’un glissement des programmes du primaire vers l’enfantine existe. En imaginant faussement que les élèves commencent l’école deux ans plus tôt, une pression pourrait s’exercer pour que les apprentissages normalement dévolus aux élèves de 6 ans débutassent de manière plus précoce, au détriment du bon développement de l’enfant. Lors des premiers résultats aux tests PISA et l’effet de surprise qui avait suivi – non, la Suisse n’avait pas la meilleure école du monde ! – des politiques, dont la conseillère d’Etat genevoise en charge du DIP, avaient un peu vite annoncé la solution : il suffisait de mettre les élèves à l’école à quatre ans et, onze années plus tard, âgés de quinze ans, ils excelleraient en compréhension de l’écrit. Cet argument pour rendre l’école obligatoire deux ans plus tôt s’est estompé lors des éditions suivantes des tests PISA. Mais le danger est là. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, il était fréquent d’entendre la France citée en exemple. A écouter les détracteurs de l’école genevoise, les élèves français savaient tous lire et écrire deux ans avant les élèves du canton du bout du lac. Les enseignants genevois ont eu les oreilles rebattues de ce genre d’affirmations à l’emporte-pièce. Un avantage non négligeable de PISA est de les avoir fait cesser ; en effet, les scores réalisés par la France pouvaient laisser quelques doutes sur les bienfaits d’une scolarisation précoce…

Des jeux… et des postes !

Le temps de l’enfance ne doit pas être raccourci de deux ans. La fonction de socialisation de l’école, mission primordiale qui mérite d’être assurée par un service public, doit être préservée, voire renforcée. Il faut laisser au jeune élève le temps d’être un enfant et lui permettre de jouer. La fonction essentielle du jeu dans le développement de l’enfant est connue et ne doit pas être reléguée au second plan au prétexte que les programmes sont de plus en plus denses et qu’il faut bien les caser quelque part. Le corps enseignant est certes formé et le plan d’études, s’il est respecté, représente un garde-fou contre les dérives. Mais il s’avérera aussi nécessaire de résister aux attentes et pressions externes au système scolaire. Cela implique une confiance à regagner de la part de la société envers les professionnels de l’éducation, et des moyens. Les classes de 1ère enfantine à 26 élèves, où les différences d’âge varient de près d’un an, où les compétences sociales ou autres sont très diverses et où la maîtresse (ou le maître) doit se débrouiller seule représentent des conditions de travail inacceptables et ne peuvent perdurer. Il n’est pas trop tôt pour exiger un budget décent à la rentrée 2011. L’obligation d’envoyer les enfants à l’école dès 4 ans doit impérativement s’accompagner d’un nombre de postes d’enseignants conséquent si l’on ne veut pas sacrifier ces premières années à l’école – les plus importantes dans le parcours de formation réservé à chaque citoyenne et à chaque citoyen – et porter atteinte à la cohésion sociale, plus que jamais indispensable.

Olivier Baud, Président SPG

 
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