Carte scolaire, filière bilingue : échos du Parlement
Jura - 22/05/2009

Lors de sa séance du 29 avril, le Parlement jurassien a évoqué quelques aspects concernant la carte scolaire d’une part, la filière bilingue d’autre part. Une question écrite du député Vert Raphaël Breuleux s’intéressait plus particulièrement aux transports scolaires en lien avec le premier sujet, une question orale du député  socialiste Francis Girardin demandait des précisions sur l’état du second dossier.

Dans sa question écrite, Raphaël Breuleux posaient 9 questions en rapport avec l’impact écologique et la sécurité des utilisateurs des transports scolaires qui devront être mis en place selon le projet de carte scolaire mis en consultation jusqu’à fin février/début mars de cette année.

En ce qui concerne l’impact écologique, les chiffres donnés dans la réponse du Gouvernement indiquent qu’il y aura une augmentation du nombre de kilomètres et du nombre de tonnes de CO2 envoyés dans l’atmosphère de 18 à 20% par rapport à la situation actuelle. Pour minimiser l’importance du phénomène, le Gouvernement effectue deux comparaisons : la première entre le nombre de kilomètres effectués par des voitures de tourisme au titre de transports scolaires dans le Jura, et le nombre de kilomètres parcourus par l’ensemble des voitures de tourisme en Suisse, pour des déplacements privés. La proportion devient naturellement insignifiante.

La seconde est basée sur une supposition. Le Gouvernement estime que 10% des parents conduisent leur enfant à l’école. Ces parents sont domiciliés en moyenne à 1 km du lieu scolaire. Cela signifie que pour l’ensemble des élèves jurassiens ces déplacements représentent quelque 1,2 millions de kilomètres annuellement. Quatre fois plus que les transports scolaires qui seront assurés par des voitures de tourisme.

Ces deux comparaisons ne tiennent pas la route, si j’ose dire. Elles ne sont faites que pour donner l’illusion d’un effet ridicule à l’augmentation des transports scolaires due à la nouvelle carte scolaire. On pourrait fort bien calculer ce que représenterait une augmentation de 20% des transports privés en Suisse pour prouver que toute augmentation de 1/5 des transports routiers, quels qu’ils soient, n’est pas neutre pour l’environnement. On pourrait, pour la seconde comparaison se demander s’il n’y a pas lieu d’envisager des actions pour sensibiliser les parents au fait que des déplacements jusqu’à 1 kilomètre sont tout à fait imaginables à pied par les enfants. Ceci contribuerait à la construction de leur indispensable autonomie. Dans les secteurs présentant des risques, l’organisation de pédibus pouvant être envisagée. Se limiter à la comparaison faite ne modifiera en rien les habitudes des parents qui ne conduiront plus leur enfant à l’école, mais à l’arrêt du bus !

Au chapitre de la sécurité, le Gouvernement reconnaît que dans les transports publics qui devront être utilisés par des écoliers, il ne sera pas possible d’assurer une sécurité maximale pour les élèves. D’une part, ces transports ne sont pas soumis à l’obligation d’équiper l’ensemble de leurs sièges avec des ceintures de sécurité, et d’autre part, en fonction de l’utilisation de ces transports par d’autres usagers, il n’est pas à exclure que certains trajets soient effectués debout par des écoliers.

En ce qui concerne le respect des horaires et des limitations de vitesse par les transports publics, le Gouvernement signale qu’il n’y a aucun problème de ce côté-là puisque dans les douze derniers mois, aucune amende n’a été infligée à un car postal ! Pour confirmer ou infirmer cette conviction, il vaudra sans doute la peine de ressortir et vérifier une étude effectuée par l’ATE voici quelques années concernant la ligne du Val Terbi qui démontrait qu’en respectant toutes les limitations et en roulant à la vitesse maximale autorisée, un car postal, sans jamais s’arrêter, ne parvenait pas à respecter l’horaire imposé !   

Enfin, très succinctement, le Gouvernement signale que le trajet le plus long en transport scolaire s’effectue entre Soubey et St-Ursanne, pour les élèves de la classe enfantine commune, et est d’une durée de 30 minutes environ. Il oublie naturellement de rappeler qu’aucune cantine scolaire n’existe et n’existera à St-Ursanne et que par conséquent, potentiellement, un enfant de 5 ans rentrant chez lui à la pause de midi, passera 2 heures par jour dans un car postal. A moins que de bonnes volontés invitent ce chérubin à manger tous les midis, ou presque. Il ne passera alors plus qu’une heure chaque jour dans le car.

 

Conditions exceptionnelles pour la classe bilingue ?

 

Tout cela pour que les classes jurassiennes à l’avenir n’aient pas plus de 2 degrés d’enseignement et soient composées d’au moins 15 élèves (si le DFCS maintient son projet au-delà de la consultation).

Ce qui nous amène tout naturellement à nous intéresser à l’avenir de la classe bilingue. Dans sa question orale, Francis Girardin mettait en évidence l’échec du projet en raison du manque notoire d’intérêt manifesté par des élèves extérieurs au Canton. C’est vrai, a reconnu la Ministre. Le minimum de 8 élèves pour ouvrir une classe bilingue de 1ère et 2e années n’est pas atteint (4 confirmations pour l’heure). Et de signaler qu’une adaptation du projet est désormais à l’étude. Une adaptation qui rendra le projet moins onéreux que prévu, naturellement. Sauf pour ce qui est de la publicité dans la région bâloise, tenons-nous à préciser, les dépenses à ce titre étant déjà réalisées.

Selon des informations qui sont parvenues au SEJ, des parents d’élèves bilingues suivant actuellement la 4e année ont été approchés pour les encourager à inscrire leur enfant dans cette classe. Si ces informations devaient se confirmer, ce qui nous paraît franchement incroyable, mais mieux vaut s’y préparer, nous pourrions avoir la situation suivante dans le Jura : des classes de 2 degrés maximum avec 15 élèves au minimum pour l’ensemble des élèves jurassiens, et 1 classe bilingue de 4 degrés composés de 8 à 10 élèves.

Notre optimisme naturel nous pousse à penser que le projet de carte scolaire comme le projet de classe bilingue seront revus pour éviter une distorsion de droits aussi manifestes entre élèves domiciliés dans le canton. Ou alors il faudra vraiment que l’on permette un jour aux Jurassien-ne-s de se prononcer sur un projet s’intitulant « Frein à l’entêtement ».

 
Liens
Liste de diffusion
 
L'actualité et les renseignements utiles pour le métier d'enseignant directement sur votre adresse mail.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Les auteurs choisis ....
Faites connaissance avec les auteurs choisis pour la semaine romande de la lecture et leurs livres sélectionnés par le groupe de pilotage.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Coopération pédagogique en Afrique
Pour faire connaissance avec CPA et éventuellement partir l'été prochain en Afrique, rendez-vous sur son site.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

L'éducation pour tous
75 millions d’enfants ne fréquentent toujours pas l’école, plus de 774 millions de personnes adultes ne savent ni lire ni écrire. Le monde s'est donné jusqu'en 2015 pour réussir l'éducation pour tous.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::