Egalité vs autonomie
Genève - 01/05/2009

La mise en œuvre du nouveau fonctionnement de l’enseignement primaire, selon le discours officiel, est fondée sur le principe de l’autonomie partielle. Comment cela est-il compris de la part des différents acteurs ?

Après neuf mois de réorganisation, l’enseignement primaire peine à réaliser les changements escomptés. Une analyse complexe pourrait expliquer les multiples raisons qui font que, de manière globale, l’insatisfaction du corps enseignant perdure. Mais le propos consiste plutôt à s’attacher à la question centrale de l’autonomie partielle des établissements. Rappelons que l’association professionnelle avait depuis longtemps défendu ce principe. Ainsi, le projet politique et pédagogique (PPP) de la SPG, adopté par l’Assemblée générale le 4 juin 2002, au chapitre « L’autonomie des établissements et le travail en équipe », dit : « Pour que les enseignants trouvent goût, plaisir et engagement dans leur métier, ils doivent bénéficier d’un réel soutien à l’autonomie, au travers de la reconnaissance de leur cahier des charges. La hiérarchie soit assumer ses responsabilités, et respecter le statut professionnel des enseignants en reconnaissant leur part de travail dans l’organisation et la gestion des classes et des écoles. » Cette préoccupation se trouve par ailleurs en filigrane de tout le texte du PPP. Car le développement de l’expertise pédagogique, de la pratique réflexive et de la pensée critique paraît indissociable d’une certaine forme d’autonomie professionnelle. La commission du fonctionnement, d’abord réticente, s’est emparée du principe de l’autonomie, en décrétant au préalable qu’elle ne pouvait être que partielle. Aujourd’hui, elle devrait se déployer grâce au projet et au conseil d’établissement. Mais comment cela se traduit-il sur le terrain ?

Le fantasme du contrôle absolu

Si l’intelligence au travail était reconnue et valorisée, cela se saurait ! Il ne fallait certes pas s’attendre à une évolution immédiate des mentalités dans ce domaine. Mais les enseignants étaient en droit d’imaginer que certaines chicaneries allaient au moins disparaître. Hélas, c’est plutôt le contraire qui se vérifie. L’autonomie touche à l’ensemble de la vie de l’école et ne se conçoit pas que pour les aspects « nobles » du métier. Pour faciliter la gestion quotidienne de l’établissement et rompre avec les tendances bureaucratiques galopantes, des prérogatives claires auraient dû être données aux équipes et aux directions d’établissement. Car il n’y a rien de trivial dans les soucis qui affectent chaque jour les écoles ; avoir la possibilité de les résoudre sans délai, de façon pragmatique, humaine et juste, permet de centrer son attention sur l’enseignement et les élèves. Las, la direction générale (DG), adepte du « faites ce que je dis, pas ce que je fais » a préféré tenter de garder le contrôle sur tout. Selon elle, un simple congé ne pouvait pas être laissé à l’appréciation du directeur. En revanche, ce dernier aurait été habilité à licencier le personnel. Chacun mesurera le degré d’incohérence de cette vision des choses. L’argument de la DG tenait en trois mots : égalité de traitement. Par crainte que certaines directions soient trop « généreuses » avec les enseignants, il fallait préférer niveler au plus bas, superviser tous les détails et délaisser l’essentiel. Et dès qu’il s’agissait de jouer les Ponce Pilate lors de situations délicates, l’autonomie avait bon dos…

Deux principes forts qui ne doivent pas être pervertis

Ce manque de confiance de la part de la DG et cette peur de la perte du pouvoir sont retombées en cascade sur les directions d’établissement et les équipes. Avec des effets très divers, puisque certains directeurs n’osaient plus prendre la moindre initiative sans demander la permission plus haut, rendant le processus encore plus compliqué qu’avec les ex inspecteurs, et que d’autres s’affranchissaient en prenant les décisions tout seuls. Il a fallu rappeler à de nombreuses reprises que ce n’était pas l’autonomie du seul directeur qui était visée…Le syndicat tient à la notion d’égalité de traitement mais s’oppose à ce qu’elle soit utilisée au détriment des intérêts et des conditions de travail du corps enseignant. En invoquant au gré de son intérêt le principe d’égalité ou celui d’autonomie, il est possible de justifier n’importe quelle décision, aussi inique soit-elle. Il faut dénoncer l’emploi de cette méthode et œuvrer afin qu’une vraie marge de manœuvre soit laissée aux établissements, à la fois pour régler les aléas courants et pour prendre des initiatives susceptibles de faire évoluer le système.

 
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