Enseignants et médecins généralistes, même combat
Vaud - 27/03/2009

« Il devient de plus en plus un trieur juste bon à envoyer le patient se faire voir ailleurs ou à l’en empêcher. Or tel n’est pas sa vocation », indiquait récemment par voix de presse le député Jacques-André Haury, à propos de la nature du médecin généraliste[1]

Et le député d’enfoncer le clou, en évoquant des standards définis par des « sur-spécialistes, généralement issus des milieux universitaires » qui dévaloriseraient le médecin généraliste, désireux en premier lieu « d’adapter ses traitements aux caractéristiques de chacun de ses patients ».

Évoquant les services d’urgence, Jacques-André Haury, pourtant médecin spécialiste, déplore par ailleurs qu’on y pratique sans compter des examens complémentaires.

Bref, comme l’indique le député lausannois, la nature du médecin généraliste devrait demeurer celle d’un « spécialiste de la médecine générale » ; son rôle premier n’étant pas de jouer le « gatekeeper» (trieur), qui oriente vers un professionnel supposé mieux reconnu.

On ne manquera donc pas d’être interpellé par la convergence qui font se rejoindre la lutte des médecins généralistes pour maintenir et développer leurs spécificités et celle des enseignants du primaire, ces derniers confrontés à la volonté de la CDIP de les transformer en semi - demi ? - spécialistes.

Car à quoi assiste-t-on sur le plan suisse en regard de la formation des enseignants généralistes ?

Confrontés à la double exigence de l’accueil dans l’école ordinaire d’enfants jusqu’ici « traités » en institutions et de l’amélioration de la maîtrise des disciplines enseignées, les décideurs estiment que la formation des généralistes doit être revisitée. Dont acte, même si, en incise, il convient de se demander pourquoi le PER ignore, dans sa conception même, les caractéristiques de l’enseignement général du primaire.

C’est pourquoi, en regard de ces exigences nouvelles, l’on ne peut suivre la CDIP dans son actuelle volonté de faire « mieux avec l’identique ». Il y a quelque chose d’absurde à proposer de restreindre le champ de ce qui est censé être maîtrisé en trois ans par la prolifération de diplômes spécifiques, par ailleurs insuffisamment colorés (premiers degrés, et/ou dichotomie selon une orientation plus scientifique, plus littéraire ou plus artistique …).

Certes, des formations « post-grades », en études avancées sont désormais prévues pour les généralistes.

Il n’empêche ! Dans un travail en équipe qui devrait de plus en plus fréquemment voir intervenir dans la classe à la fois des généralistes et des spécialistes de discipline, le combat pour amener les enseignants du primaire au même niveau de formation que celui de leurs collègues du secondaire, ou du spécialisé, reste premier. C’est un gage de reconnaissance réciproque, de crédibilité auprès des familles et de mise à plat à moyen terme des statuts.

En conséquence, pour répondre aux exigences que se donne le primaire, il n’y a pas d’autre chemin que celui qui consiste à augmenter le volume de formation des professionnels qui se destinent à ces degrés. En cinq ans, au niveau master - appuyé sur un vrai bachelor universitaire et par une formation qui intègre des composants jusqu’ici réservés aux enseignants spécialisés -, il devient alors possible d’attendre que l’enseignant généraliste puisse répondre avec succès aux missions qui sont les siennes.

Dans ce contexte et au risque de nous mêler de ce qui ne nous regarde pas, nous appuierions volontiers la lutte des médecins généralistes, si proche au final de celle des enseignants du même nom. Puissent-ils alors, et Jacques-André Haury avec, sait-on jamais, être aux côtés de ceux qui exigent le « master pour tous » dans la formation des enseignants de l’école obligatoire !

PS 1 : Écrivain et coach de basket, Jon Fergusson propose de bien bizarres choses pour « booster » l’école secondaire. Par exemple, ceci :« les élèves seront seuls devant un écran d’ordinateur et la leçon sera donnée par le(s) meilleur(s) enseignant(s) du canton »[2] … Pourtant, on pourra rejoindre Fergusson sur la question des filières, qu’il qualifie de « système antidémocratique et destructeur » ; et interpeller dans la foulée ceux qui considèrent que l’enseignant du primaire doit d’abord être le « gatekeeper » du secondaire I ?

PS 2 : Même si celle-ci est certainement bien intentionnée, c’est une étrange conception du métier que propose Elena Vuille-Mondala, animatrice de la troupe de théâtre de la HEP vaudoise : « Le théâtre ne peut être qu’utile à de futurs enseignants dont les journées se passeront justement en représentation devant les classes »[3]. Dirait-on d’un infirmier ou d’un médecin, fût-il généraliste, qu’il est en représentation ?


[1] « Des médecins pour soigner », Jacques-André Haury, 24Heures du 26 février 2009, p. 20

[2] L’Hebdo, 26 février 2009

[3] La Gazette, journal de la fonction publique, 25 février 2009

 
Liens
Liste de diffusion
 
L'actualité et les renseignements utiles pour le métier d'enseignant directement sur votre adresse mail.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Coopération pédagogique en Afrique
Pour faire connaissance avec CPA et éventuellement partir l'été prochain en Afrique, rendez-vous sur son site.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Testez votre niveau de langue!
Le Centre européen pour les langues vivantes (CELV) met à disposition sur son site un petit questionnaire qui permet de situer son niveau de langue.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Le Livre blanc
Le Livre blanc a été élaboré par le Comité du SER, analysé par chacune des associations et utilisé au 42ème congrès. Pour le télécharger, claiquer ici.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Les vidéos du 2 septembre
Pour revivre la première journée suisse de l'éducation qui a eu lieu le 2 sept, quand LCH et le SER ont rencontré les acteurs de la politique de l’enseignement, les partis nationaux, les responsables cantonaux en charge de l'éducation et d’autres spécialistes.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::