HEP ou UNI ? Vaine polémique autour de la formation initiale du corps enseignant. Si nous sommes tous d’accord sur le grand soin à apporter à la formation initiale des enseignant-e-s, n’oublions cependant pas que c’est avant tout dans les classes, au contact des enfants, que notre métier s’apprend. Que ce sont les expériences sur le terrain qui déterminent la pertinence des apports théoriques distillés dans les instituts de formation. Souvenirs de formation Que me reste-t-il aujourd’hui de mon année de formation professionnelle effectuée il y a une douzaine d’années, juste après ma licence en lettres ? Le modèle énergique et volontariste d’un maître de didactique de Français, membre de notre syndicat, et d’une extraordinaire maîtresse de stage aujourd’hui disparue. J’ai en outre eu le privilège de les voir tous les deux à l’œuvre avec leurs élèves. Ils m’ont aussi soutenu contre vents et marées au moment où mon stage à l’école secondaire prenait l’eau. L’enseignement remarquable du deuxième maître de didactique de Français qui prépare ses stagiaires pour les 10 ans qui suivent l’obtention du certificat d’aptitudes pédagogiques et qui a bien voulu accepter de parfaire ma formation durant mes premières années d’enseignement à l’Ecole Supérieure de Commerce de Neuchâtel. Un séminaire sur les pratiques animé par une formatrice qui a su admirablement s’adapter aux demandes des stagiaires. Au sein d’un groupe où régnaient la confiance et la confidentialité, nous exposions les difficultés que nous rencontrions dans notre formation, nos écoles ou nos classes et elle nous aidait à situer le problème, à le cerner, à prendre de la distance et à agir efficacement en mobilisant ses nombreux savoirs pédagogiques. Une démarche qui est toujours mienne aujourd’hui : confronter les réalités à la théorie plutôt qu’appliquer des théories en grande partie fantasmatiques pour tenter de changer le réel ! Un module sur l’évaluation dispensé par deux pédagogues très expérimentés. L’évaluation, qu’elle soit formative ou sommative, est au cœur de notre métier. Notre pouvoir repose sur elle et elle conditionne notre façon de travailler. Mon maître de didactique d’Histoire, que j’ai la chance et le grand plaisir de côtoyer aujourd’hui comme collègue, m’a notamment appris qu’il fallait d’abord savoir clairement ce qu’on allait évaluer avant d’adapter son cours aux objectifs fixés. Cette définition de l’évaluation est celle d’HarmoS et est donc plus que jamais d’actualité ! Que me reste-t-il de mon année de formation pédagogique ? Naturellement les modèles, les principes, les savoirs et les enseignements auxquels je me réfère aujourd’hui encore. L’enseignement, un travail intellectuel Enseigner, c’est donner un sens à des savoirs, savoir-faire et savoir-être. Savoir pourquoi j’insiste sur telle matière, savoir pourquoi je fais apprendre de telle manière, savoir pourquoi je fais respecter une certaine forme de sociabilité en classe. Enseigner, c’est donc avoir conscience de ce que nous devons et pouvons apporter aux enfants qui nous sont confiés. Nous enseignons avant tout ce que nous sommes, comme l’a très justement affirmé Jean Jaurès. L’enseignement est une sorte d’adaptation permanente entre nous et nos élèves. Un travail où on réfléchit beaucoup et où la remise en question est récurrente. Un métier intellectuel où une formation initiale strictement universitaire ne confère aucune supériorité. Certain-e-s universitaires pur sucre se laissent par exemple enfermer par leurs moyens d’enseignement et délivrent ainsi des cours parfois insensés. Beaucoup d’institutrices et d’instituteurs issus des défuntes écoles normales, et je pense notamment à celles et ceux en charge de l’introduction de la lecture, ont appris à combiner plusieurs méthodes pour faire progresser les enfants et savent qu’un recours exclusif aux seuls moyens officiels d’enseignement, souvent centrés sur les meilleurs élèves, serait contreproductif. Il m’apparaît clairement que réduire la formation initiale des enseignant-e-s à une guéguerre bachelor/master académiques ou professionnels nous fait vraiment passer à côté de l’essentiel. John Vuillaume |