Le nouveau concept des langues
Serpent de mer ou mère de toutes les vertus ?
Fribourg - 27/03/2009

Un projet ambitieux, résolument inscrit dans la modernité du temps, prometteur mais non dépourvu de dangers. Voici résumées en quelques mots les premières impressions que suscite le nouveau concept de l’enseignement des langues à l’école obligatoire.

Promouvoir un apprentissage des langues permettant aux élèves de développer des compétences fonctionnelles et adapter les plans d’étude en conséquence ; mettre en œuvre plus tôt l’apprentissage des langues étrangères; encourager et soutenir la conduite de séquences d’enseignement intégrant la langue maternelle et la langue partenaire et créer des classes bilingues… Telles sont les idées fortes de ce nouveau concept. S’il est trop tôt pour émettre un quelconque jugement, certaines questions méritent d’être posées, mais aussi de trouver réponse afin d’obtenir l’adhésion des enseignants au projet :

  • Comme c’est le cas pour le PER, les intentions et les compétences décrites sont élevées. Dès lors, se pose le problème des compétences minimales attendues pour chaque type de classe. Celles-ci devront être clairement énoncées au même titre qu’il faudra mettre en place des structures (demi-classes, moyens auxiliaires…) favorisant l’élaboration de dispositifs de différenciation inhérents à ce type d’enseignement.
  • L’introduction précoce de l’enseignement des langues dans la grille horaire se fera nécessairement au détriment d’autres branches : lesquelles ? Quand on sait que d’aucuns fustigent la baisse de niveau en langue maternelle ou en mathématiques, on peut raisonnablement se demander quels seront les effets de ce concept sur les compétences atteintes dans d’autres domaines.
  • Le concept fait la part belle au projet d’école. L’idée de cours et de classes bilingues est clairement présentée comme non obligatoire mais pouvant être mise sur pied dans le cadre d’un projet d’école. Ne risque-t-on pas de voir ces projets se réaliser principalement dans les communes riches, susceptibles de les  financer ?
  • Ce concept  a un coût. Il ne faudra en aucun cas faire reposer tout cela sur la seule bonne volonté des enseignants, en oubliant d’y adjoindre les moyens financiers !

En conclusion, ce projet est porteur et intéressant, ambitieux et « bien ficelé ». Sa cohérence dépendra des moyens mis à disposition et des conditions cadres fixées ; celles-ci devront garantir à chacun une égalité de traitement quel que soit son lieu d’habitation ou le type de classe fréquenté. Des choix devront être effectués, annoncés, expliqués et assumés par l’autorité compétente afin que chaque partenaire (parents, enseignants, élèves, mais aussi monde de l’économie et politiciens) comprenne les tenants et les aboutissants de ces choix.

Pour l’AMCOFF, Ivan Corminboeuf

 
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