Dès maintenant commence la lutte pour étendre aux généralistes le plan de carrière en deux temps dont bénéficieront bientôt les enseignants des degrés secondaires I et II. Les généralistes ne seront pas de nouveaux dindons ! Autoriser le passage à une classe supérieure après 15 ans de pratique et l’acceptation de responsabilités et de « tâches particulières »: voilà le dispositif qui se met en place au bénéfice des enseignants du secondaire I et II attaqués par DECFO-SYSREM. Véritable avancée structurelle pour certains, salaire au mérite déguisé pour d’autres, c’est d’abord, il convient de le rappeler, une solution pragmatique imaginée dans le contexte des négociations de la nouvelle politique salariale de l’Etat. Et force est de reconnaître qu’établir dans l’urgence un tel bouleversement de culture s’élève contre le principe même de participation des acteurs aux processus de changement. Quand bien même on puisse s’en faire l’avocat… Qu’on ne s’y méprenne donc pas : C’est d’abord confrontée, dans l’urgence, à la recherche d’une solution pour les « perdants » que la SPV est entrée en matière sur le développement d’une carrière en deux temps pour les enseignants du secondaire. Dans ce cadre, et c’est une bonne chose, on assiste en conséquence à l’émergence d’un plan de carrière dynamique de l’enseignant vaudois. Mais, les séquelles collatérales de la mise en place d’un tel système ne sont pas à négliger : contrecoup important d’abord pour les généralistes qui en seraient honteusement exclus et déconvenue pour celle ou celui qui désire consacrer l’entier de sa force de travail au bénéfice direct des élèves qui lui sont confiés. Enseigner moins pour gagner plus… ce serait un peu court ! Bien trop court ! Dans ces circonstances, la SPV a d’ores et déjà insisté pour que les « tâches particulières » injectées dans le nouveau cahier des charges soient centrées sur la pédagogie. Elle a aussi formellement signalé à l’employeur qu’il serait inacceptable de voir l’enseignant généraliste être coiffé d’un nouveau bonnet d’âne au moment où sa fonction est enfin revalorisée. Résumons: Alors que l’enseignant « masterisé » travaille 25 périodes hebdomadaire en présence des élèves, la maîtresse du primaire - de même que les brevetés du secondaire - en exerce toujours 28. De plus, l’enseignant des degrés 5 à 9 bénéficie généralement de décharges administratives (dites de maîtrise de classe), alors que rien n’est encore offert dans ce domaine aux enseignants du primaire et de ce qui est encore le préscolaire. L’enseignant généraliste entretient quotidiennement les liens avec des familles de plus en plus exigeantes, dans un « partenariat » toujours à construire, mais qui, parfois, se résume à une simple confrontation. L’enseignant généraliste des premiers degrés est désormais confronté en première ligne à assumer la politique dite d’«intégration des enfants aux besoins particuliers» dont il est avéré que la mise en place est pour le moins scandaleusement chaotique… ! Enfin, parmi bien d’autres responsabilités, de nombreux généralistes exercent notamment des tâches de médiation, d’animation en santé ou encore de praticien-formateur… Et l’on nous demanderait d’assister sans broncher à la création de « couloirs de progression » réservés aux seuls enseignants du secondaire I et II, alors que cette avancée ne serait pas servie aux généralistes du primaire ? On l’a déjà dit, mais on le martèlera tant que ce sera nécessaire: seule la formation au niveau master peut sortir véritablement le généraliste de son bas-fond statutaire. Comme la SPV, la Cheffe du département y serait favorable. Dont acte ! Mais contrairement au destin du héros d’Alphonse Daudet, cette Arlésienne ne conduira pas au suicide des généralistes. Ceux-ci doivent relever la tête et combattre. Certes, ils ont été « revalorisés », mais la mésestime récurrente de laquelle il semble impossible de les extraire ne passera plus. Que les décideurs en prennent toute la mesure et en évaluent les éventuelles conséquences. Dès maintenant ! |