Alors que les enseignants de la partie francophone du canton sont prioritairement interpellés par la consultation du PER, par la mise en œuvre de l’OMPP (loi sur l’intégration), par l’école à journée continue et par les horaires blocs, Bienne procède parallèlement à une réorganisation complète du règlement scolaire qui aura comme conséquences des remaniements profonds dans le fonctionnement de l’école. Non satisfaites de cet énorme chantier, les autorités scolaires en profiteraient pour faire démarrer une filière bilingue -2+9. Certes, l’ intention est louable, quoi de plus logique que d’être bilingue à Bienne ? « Dans le temps », on apprenait la langue voisine dans la rue, aujourd’hui c’est plus difficile. Le souhait de redorer la carte de visite par la ville est compréhensible. De même, le voeu des parents qui souhaitent le meilleur pour leur progéniture est aussi louable. Quoi de plus légitime que d’exiger une telle formation à Bienne, cité bilingue par excellence. Compréhensible surtout lorsqu’on peut constater les difficultés des jeunes gens francophones à trouver du travail dans la région biennoise s’ils ne maîtrisent pas le suisse allemand. Par contre, ne pas connaître quelques rudiments de la langue de Molière pose nettement moins de problèmes. Le raccourci est alors vite fait de penser que scolariser son enfant de 4 ans dans l’autre langue est la solution : « comme ça il apprendra vite et il sera parfait bilingue, ce qui facilitera sa formation professionnelle future dans 11 ans … ils apprennent si vite à cet âge » Oui… mais… Notre mission première est de préserver l’école publique et obligatoire, nous devons garantir à chaque élève une égalité des chances. Or, une filière bilingue va inévitablement engendrer une école à deux vitesses, une école élitaire. Est-il vraiment pertinent de la débuter à l‘école enfantine ? Ne vaudrait-il pas mieux renforcer les compétences linguistiques de tous les élèves, Bienne étant aussi multiculturelle Dans la cité seelandaise, le suisse allemand a le droit de cité, l’allemand y est enseigné dès les premières années de la scolarité, il faudrait donc parler de trilinguisme ! Avant de lancer un tel projet, bon nombre de questions et non des moindres, doivent encore trouver réponse: Quels seront les critères de sélection? Quelle est la pertinence pédagogique? Quel suivi scientifique ? Quel plan d’études sera privilégié, sachant qu’ils sont très différents ? Le bon vouloir des enseignants ne suffit pas pour enseigner dans une filière bilingue. Quelle sera la formation de ceux-ci? Si un enfant a des difficultés, dans quelle langue sera-t-il suivi ? Avez-vous pensé que les petits romands ou alémaniques monolingues deviendront des allophones dans leur ville natale ? Dans la cité bilingue, il serait plus judicieux de soigner les deux langues principales et que les valeurs culturelles véhiculées soient valorisées, privilégiée et respectées plutôt que « gemischt » (mélangées). Pourquoi ne pas favoriser, d’une part les compétences de la langue première des élèves et d’autre part, les échanges en immersion partielle en organisant des activités qui s’incrivent dans des projets d’établissement qui incitent les élèves à collaborer dans les deux langues. Avec un peu de créativité et d’originalité, des possibilités intéressantes existent... Preuve en est tous les projets d’échanges ou bilingues d’immersion partielle qui sont déjà organisés à Bienne. C’est pour toutes ces raisons que le SEJB reste très dubitatif à la mise en place de cette filière dans les conditions actuelles. Il semble raisonnable d’apporter, en premier lieu, des réponses cohérentes aux multiples interrogations. Enfin, il serait judicieux que l’élaboration d’un tel projet se fasse en partenariat avec les divers syndicats et les HEP. |