Interpellé par plusieurs membres au sujet du projet de mise en place d’une filière bilingue à l’école obligatoire, le Comité central du SEJ a débattu dans sa dernière séance de cet objet. C’est une franche opposition, pour l’heure, qui s’est dégagée. Le sentiment général étant l’incompréhension face à une de dépense de prestige alors que des économies substantielles touchent l’enseignement. En effet, comment expliquer qu’un tel dossier soit porté devant le Parlement, pour l’instant à travers sa commission de la formation, à un moment où le Gouvernement met en œuvre son programme de 51 mesures d’assainissement parmi lesquelles plusieurs touchent l’enseignement et la formation. Intéressons-nous simplement à la mesure 42, « réaménagement de la carte scolaire avec des normes appropriées en matière d’effectifs ». Cette mesure doit, selon la volonté du Gouvernement, dégager une économie annuelle dès 2010 de 420'000 francs pour l’Etat et 730'000 francs pour les communes. Le projet de filière bilingue est estimé à un coût de 1'380'000 francs sur trois ans. Le SEJ ne peut naturellement pas cautionner une politique qui d’un côté va réduire l’offre scolaire de base pour tous les élèves jurassiens, et de l’autre utiliser potentiellement sur trois ans au moins l’intégralité des économies ainsi réalisées par l’Etat pour créer une structure de prestige qui s’adresse à une minorité d’élèves. Car c’est bien de cela qu’il s’agit si l’on s’intéresse au public visé. Trois types d’élèves sont concernés. D’abord, les élèves bilingues déjà installés dans le Jura. Sur ce point, on doit s’interroger sur l’importance que l’on accorde à l’intégration des élèves migrants dans le Jura. La mise en place de moyens tels que les leçons d’appui à l’intention de ces élèves poursuit, avec succès, cet objectif. En prévoyant une filière spécifique pour les élèves germanophones, on crée d’une part une inégalité de traitement avec des élèves d’autres langues maternelles, et d’autre part on relativise l’importance de l’intégration dans la société jurassienne pour les enfants germanophones et leurs familles. Ensuite, les élèves germanophones issus de familles décidant de s’installer dans le Jura. Pour cette catégorie d’élèves, les remarques ci-dessus restent valables. De plus, en leur permettant de poursuivre une scolarité dans leur langue maternelle, on crée aussi des conditions permettant aux parents d’envisager plus facilement un retour en terres alémaniques. Enfin, les élèves germanophones frontaliers avec le Jura. Pour cette troisième catégorie, le Jura déciderait en fait d’offrir une possibilité de scolarisation relevant d’une école privée, offrant des prestations que l’école jurassienne ne peut offrir à l’ensemble de ses élèves (nombre plus important de leçons de co-enseignement, par exemple), mais une école privée intégralement financée par des fonds publics. Le SEJ s’interroge encore sur la langue que cette structure adoptera pour son enseignement. Selon nos informations, le « Hoch Deutsch » n’est pas utilisé systématiquement pour les enseignements généraux dans les cantons de Soleure et de Bâle-Campagne. C’est davantage le cas, sans être absolument généralisé, dans le canton de Bâle-Ville. Ceci pour relever que l’utilisation du « Hoch Deutsch » dans la structure jurassienne projetée ne constitue pas forcément un atout susceptible d’intéresser nos voisins germanophones. Le SEJ est favorable à ce que des moyens soient mis en place pour améliorer l’apprentissage de la langue allemande dans l’école obligatoire jurassienne. Or, et c’est indiqué dans le message du Gouvernement, les efforts de formation en faveur des enseignant-e-s jurassien-ne-s restent très limités puisque cette formation touchera, sur la même période de trois années, une quarantaine d’enseignant-e-s seulement ! Si le SEJ salue la volonté de réallouer des ressources financières dégagées par les mesures d’économies annoncées touchant l’enseignement, il soutient fermement l’idée que ces réallocations doivent profiter à l’école obligatoire jurassienne et à l’ensemble des élèves de notre canton, et non à une minorité d’élèves, dont le nombre reste bien aléatoire, d’origine culturelle différente. Assurons le nécessaire avant de rêver au superflu. |