Votations du 30 novembre
Vaud - 31/10/2008

La libéralisation de la consommation de cannabis est un cadeau empoisonné pour les enseignants

Le 31 mai 2006, le comité des « 5-9 », l’association des enseignants du secondaire I de la SPV, demandait à l’assemblée des délégués à prendre position contre toute libéralisation de la consommation de cannabis.

Nos collègues affirmaient que, dans le domaine de la drogue, « la prévention conduite par les enseignants est largement facilitée par un interdit social inscrit dans les textes légaux ».

Ils assuraient également que « la libéralisation de la consommation de cannabis [risquait] de relever le niveau de l’interdit et de conduire à des transgressions plus dangereuses encore ».

Après un débat nourri, l’assemblée faisait siennes les conclusions des 5-9 et invitait le comité de la SPV à défendre cette position.

Aujourd’hui, nous y sommes : le 30 novembre, le peuple est appelé à se prononcer sur l’initiative dite « Pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse », au titre largement trompeur, qui affaiblit l’action éducative, ouvre un vaste champ d’ambiguïtés et est finalement de mauvaise stratégie.

Certes, les tenants de la dépénalisation demandent des mesures de protection pour la jeunesse. Pourtant, ils se taisent - à dessein ? - sur l’âge à partir duquel la consommation serait autorisée et laissent la question du financement de ces mesures dans un flou pour le moins inélégant.

Ou alors faut-il croire ceux qui posent que les mesures seraient payées par une taxe sur la vente de cannabis et, dès lors, se réjouir potentiellement avec eux d’une possible augmentation de la consommation, nécessaire pour assurer le financement des mesures de protection de la jeunesse ?

Dans ce contexte, comment les enseignants feront-ils saisir que c’est parce qu’un produit est dangereux - il peut, faut-il le rappeler, gravement et durablement réduire la faculté d’apprendre - qu’on en dépénalise l’usage ? Que diront-ils à ces parents qui assument la consommation en famille et vont jusqu’à reprocher à l’école une sévérité qu’ils estiment exagérée?

Comment justifier le paradoxe constitué par le fait que se multiplient les interdictions liées à l’usage du tabac, alors que la nocivité du cannabis s’avère largement supérieure ? Comment engager de manière cohérente la nécessaire et urgente politique relative à la consommation d’alcool chez les jeunes ? Enfin, quel sens donner à la seule libéralisation du cannabis alors que l’on assiste souvent à une consommation mixte, qui conjugue divers stupéfiants ? L’étape suivante serait-elle la dépénalisation de toutes les drogues ?

Poser ces questions, c’est en induire les réponses : Une fois tombé le garde-fou de l’interdiction légale, il ne restera aux enseignants que le hochet des messages incantatoires.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des arguments : Accepter l’initiative serait un non-sens stratégique au moment où il s’agit de soutenir la révision de la loi fédérale sur les stupéfiants (Lstup).

La perception de laisser faire par effet d’amalgame peut alors conduire au rejet de cette révision, alors même qu’elle est indispensable, notamment pour punir sévèrement ceux qui vendent aux mineurs ou qui consomment avec eux.

Une fois acceptée la révision de la LStup, la question du cannabis pourra ainsi être reprise de manière plus solide.

Non à la libéralisation du cannabis et oui à la Loi sur les stupéfiants : C’est ce à quoi invite la résolution de l’AD de 2006 de la SPV. C’est aussi la position qu’a pris le Comité du SER.

 
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