Mesures d’économie et mécanismes de frein à l’endettement dans le canton de Neuchâtel Les potions libérales administrées à hautes doses par le Conseil d’Etat gangrènent toute la fonction publique neuchâteloise. L’école publique n’est pas épargnée. Des économies chiffrées en millions ont été réalisées sur son dos, avant tout au détriment des enfants, des jeunes et de leurs familles. Application des mesures d’économie à l’école : un effet en cascades Conseil d’Etat décrète des économies dans tous les secteurs publics, la fameuse et si stupide « symétrie des sacrifices ». La soupe sera moins goûteuse, mais ce n’est pas lui qui la mangera. Les directeurs d’école et les diverses autorités compétentes tranchent et retranchent avec le zèle de ceux qui ne font qu’appliquer d’infectes recettes sans jamais devoir en avaler le répugnant résultat. Classes pléthoriques (masquées par les moyennes officielles qui « lissent » les effectifs et cachent la réalité des disparités entre les classes), chasse aux décharges et autres outils pédagogiques performants mais facilement suppressibles, la potion saumâtre atterrit dans les écuelles des enseignant-e-s. Travail plus astreignant, conduite de la classe (plus nombreuse) plus difficile et harassante, effet de levier insidieux (une heure de décharge en moins équivaut à une heure à donner en plus, et sans la décharge, soit trois heures de boulot de plus par semaine si l’on veut maintenir ses standards d’enseignement…), l’enseignant-e doit également s’appliquer des mesures d’économie pour continuer d’œuvrer le plus sereinement possible. Economiser dans la préparation (adieu la différenciation !), dans les corrections (à rationaliser et à limiter au maximum), dans les travaux supplémentaires et personnalisés destinés aux élèves en difficulté, etc. Au bout du compte, c’est un potage moins subtil et pas toujours suffisamment nourrissant qui est offert aux enfants qui nous sont confiés. Et ce sont malheureusement ceux qui auraient le plus besoin d’un breuvage riche ou sur mesure que nous n’avons plus les moyens de sustenter. Considérations plus générales Le redressement financier de notre canton doit-il nécessairement passer par l’étranglement de sa fonction publique et des coupes sombres dans des secteurs si fondamentaux pour la population que sont la santé et l’instruction ? Au fond, en observant avec un peu de recul les conséquences des mesures d’économie prises au pas de charge durant la dernière législature, on remarque que c’est bel et bien l’existence administrative et politique de notre canton qui est peut-être en jeu. L’application du frein à l’endettement fait apparaître une seule et vraie question : la part que l’Etat de Neuchâtel tire des activités économiques sises dans le canton est-elle suffisante pour le faire vivre, lui faire jouer son rôle redistributeur et assurer à la population neuchâteloise des prestations publiques fondamentales de qualité ? John Vuillaume |