Une autre image de l’enseignement
Jura - 03/10/2008

Durant l’année scolaire 2007/2008, le SEJ a mené deux enquêtes importantes concernant la profession enseignante. La première portait sur le temps de travail effectif dans l’enseignement, la seconde sur la précarité de certains statuts dans la profession. L’une et l’autre apportent des informations qui, une fois répertoriées, ont le mérite de donner une photographie précise de ce qu’est le métier d’enseignant-e. Une photographie qui impose les énumérations qui suivent.

Du 1er août 2007 au 31 juillet 2008, 16 enseignant-e-s jurassiens, représentant tous les niveaux scolaires, ont relevé leur temps de travail effectif. Ils ont utilisé pour cela un logiciel mis au point par un collègue bernois. Ce logiciel permet d’identifier rapidement le temps consacré aux différentes tâches des enseignant-e-s et surtout de quelle manière se répartit le temps de travail global sur une année.

Si l’on se réfère au temps de travail annuel dans l’administration jurassienne (entre 1900 et 1930 heures ces 5 dernières années), on constate que tous les enseignant-e-s ayant réalisé l’exercice dépassent largement ce temps de travail. La fourchette se situe entre 2000 et 2200 heures. Un enseignant du secondaire 2 a même atteint 2600 heures. Sa participation à une formation en médiation n’est pas étrangère à ce temps de travail phénoménal. Ceci dit, les différences de pensums entre les niveaux d’enseignement correspondent manifestement à une réalité. Que l’on enseigne 28, 26 ou 23 leçons par semaine, le temps de travail annuel est très proche.

Autres constatations :

-        les enseignant-e-s à temps partiel travaillent davantage proportionnellement en raison des activités extrascolaires qui ne peuvent, pour la plupart, être exercées partiellement ;

-        le temps passé à des activités extrascolaires est plus important pour les enseignant-e-s du secondaire 2. Par contre, le temps passé dans des contacts avec les parents est plus important au préscolaire et au primaire, puis au secondaire 1 ;

-        l’âge et l’expérience des enseignant-e-s n’ont pas de lien avec le temps de travail. Ceux qui bénéficient d’un allègement pour raison d’âge ne travaillent pas moins, proportionnellement en tout cas, que leurs collègues plus jeunes. De même, l’expérience n’amène pas à une réduction de temps de travail. Ce qui est logique et certainement indentifiable dans d’autres corps de métiers. L’expérience permet une approche plus approfondie de la profession et fait que des tâches nouvelles sont effectuées année après année dans le but d’améliorer, en l’occurrence, son enseignement ;

-        le nombre d’heures effectuées durant les 39 semaines de scolarité dépasse généralement, les 42 heures hebdomadaires, parfois largement. Des poussées à plus de 60 heures, sans être la règle, ne sont pas exceptionnelles ;

-        durant ces 39 semaines, les 16 enseignant-e-s, tous statuts confondus, ont consacré du temps pour leur métier en moyenne durant 33,6 week-ends ;

-        l’année scolaire 2007-2008 comprenait 6 jours fériés durant les semaines d’école (sans compter le Vendredi-Saint qui marquait le début des vacances de Pâques). Ces mêmes 16 enseignant-e-s ont consacré du temps pour leur travail en moyenne durant 4,7 jours fériés ;

-        sur les 13 semaines de vacances scolaires, les 16 enseignant-e-s concernés n’ont, en moyenne, consacré aucun moment à leur travail que durant 4,4 semaines.

Pour terminer sur ce chapitre, une énumération des tâches effectuées hors périodes d’enseignement ne manque pas d’intérêt non plus. La liste qui suit est exhaustive pour ce qui est des 16 enseignant-e-s ayant répondu à l’enquête. Toutes ces tâches n’apparaissent pas forcément pour chacun-e d’entre eux, mais la plupart figurent dans chacune des réponses.

Tâches hors présence des élèves :

Préparations des cours (planifications à court, moyen et long terme) ; corrections des travaux ; établissement des livrets scolaires ; corrections et rapports d’épreuves de référence ou d’épreuves communes (en 6P) ; tâches administratives liées à des données statistiques ; réponses à des questionnaires officiels ; rencontres et téléphones avec des parents, des collègues et les autorités scolaires ; séances de parents ; séances des maîtres ; séances « réseaux » et/ou établissements de rapports avec ou pour le médiateur, le CMP, l’éducateur, la logopédiste, le curateur, le psychologue scolaire, le tribunal des mineurs, etc. ; séances de travail avec stagiaire(s) ; perfectionnement et formation continue ; commandes et/ou achats de matériel.

Tâches d’organisation et/ou de participation avec les élèves à des activités hors cadre scolaire :

Cortèges (carnaval, marché aux chevaux, etc.) ; marche de l’établissement scolaires ; visites culturelles ; journées sportives ; fêtes de villages ; semaines hors-cadre ; spectacles scolaires ; camps (de ski, d’été, d’étude, etc.) ; courses scolaires ; rangements et aménagements de salles ; promotions.

Conclusion : le temps de travail des enseignant-e-s soutient la comparaison avec n’importe quelle autre profession. Ce qui le différencie fondamentalement de celui des autres métiers est sa répartition sur l’année, et par le fait que nombre de tâches hors temps scolaire se réalisent selon un horaire que chaque enseignant-e maîtrise. En clair, les enseignant-e-s ne ménagent pas leur travail, ils l’aménagent.

Des statuts pas toujours enviables

Mandatée par le Comité central du SEJ, Mme Joana Donateo, jeune enseignante non titulaire de poste, a réalisé une enquête auprès des enseignant-e-s jurassien-ne-s n’occupant pas un poste de titulaire à temps complet. Elle leur a posé une vingtaine de questions permettant de mieux comprendre leurs situations professionnelle et personnelle. Le taux de réponses a été de l’ordre de 60%. 190 réponses ont pu être analysées statistiquement. Pour ce travail de dépouillement, Mme Donateo a pu compter sur le concours d’une étudiante et d’une statisticienne de l’Université de Neuchâtel. Une analyse fine des résultats, tant les sujets de revendications se dessinent et tant la précarité de certains statuts est évidente, est indispensable. Analyse à laquelle s’est déjà attelé le Comité central.

Mais grossièrement, on peut dire que le profil type de ces personnes est le suivant :

Femme de 40 ans ou plus, mère de famille, engagée en tant qu’auxiliaire, voire à la tâche, enseignant dans plusieurs écoles, plusieurs localités même, occupée à environ 50%, gagnant environ 40’000 francs bruts par année. Naturellement préoccupée par son avenir professionnel et habitée d’un sentiment d’insécurité financière.

Nous ne vous étonnerons pas en vous annonçant que nous reparlerons dans ces colonnes de ces situations. L’enquête en notre possession est source d’arguments que nous utiliserons le plus efficacement possible lorsque nous évoquerons ces statuts avec les autorités cantonales.

 
Liens
Liste de diffusion
 
L'actualité et les renseignements utiles pour le métier d'enseignant directement sur votre adresse mail.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Les auteurs choisis ....
Faites connaissance avec les auteurs choisis pour la semaine romande de la lecture et leurs livres sélectionnés par le groupe de pilotage.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

Coopération pédagogique en Afrique
Pour faire connaissance avec CPA et éventuellement partir l'été prochain en Afrique, rendez-vous sur son site.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::

L'éducation pour tous
75 millions d’enfants ne fréquentent toujours pas l’école, plus de 774 millions de personnes adultes ne savent ni lire ni écrire. Le monde s'est donné jusqu'en 2015 pour réussir l'éducation pour tous.

  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::  ::