Le cycle d’orientation (CO) a-t-il un avenir ? Période charnière de la scolarité, le CO a été incapable d’évoluer de manière heureuse. Réformes jamais achevées, structures obsolètes, enseignements dispensés en ignorant en partie ce qui s’est fait les huit années précédentes : l’incohérence semble de mise au CO. Et demain ne s’annonce pas meilleur… Deux initiatives ont été lancées dans le but de corriger les dysfonctionnements du CO. Elles sont, d’une certaine manière, contradictoires. Le chef du département, lui, a estimé qu’elles étaient caricaturales, l’une prônant une multitude de sections[1] et l’autre un enseignement en classes hétérogènes[2]. Le Conseil d’Etat a ainsi concocté un contre-projet (PL 10176) qu’il entend opposer dans un premier temps à l’initiative 134 du réseau école et laïcité (Réel). Une votation ultérieure serait consacrée à la seconde initiative, la 138. Pédagogues et anti-pédagogues, même combat ? Le contre-projet, voulu par le parlement qui avait refusé les deux initiatives, réussit le tour de force de déplaire aux deux parties. Certes, la marge de manœuvre pouvait paraître étroite. Mais fallait-il justement se coincer en essayant de ménager la chèvre et le chou ? Le département n’a rien trouvé de mieux que de proposer le retour de trois sections pour aller dans le sens de Réel et un pseudo tronc commun durant la 7ème année pour répondre aux attentes de la Coordination enseignement. Ces trois sections nous renvoient à près de cinquante ans en arrière et reproduisent peu ou prou les filières « latine/scientifique », « moderne » et « générale » bien connues. Quant aux enseignements identiques qui seraient dispensés en 7ème année, ils n’ont de semblable que leur dénomination puisqu’une sélection impitoyable serait opérée à la fin de la 6ème et que les exigences seraient adaptées aux trois sections (appelées dans un premier temps : consolidation-renforcement-appui, beau programme !). Mais le fait de se mettre à dos les milieux représentatifs des deux initiatives ne doit pas ébranler beaucoup le département. Au contraire, vu que la préoccupation majeure du gouvernement semble être de ne plus perdre une votation, le calcul qui consiste à revenir à un fonctionnement présent dans les mémoires, mais dont la majorité a oublié les travers, accroît les chances de remporter le morceau. Peu importe d’ailleurs les gesticulations de certains députés et l’entente de façade des principaux partis représentés au Grand Conseil : caresser dans le sens du poil les convictions les plus conformistes offre davantage de garanties de succès que toutes les alliances politiciennes, et à moindres risques ! « Mangez de la merde : des millions de mouches ne peuvent pas se tromper » (Umberto Eco) Toutefois, si le Conseil d’Etat (ou le DIP, peu importe) espère gagner en invoquant un passé rassurant, un cursus scolaire traditionnel dans certains esprits, point n’est besoin de l’aider dans cette voie-là. C’est pourtant ce que fait Réel, sans s’en rendre compte, apparemment. En effet, au nom de cette association, Mme Rita Bichsel, « l’invitée » de la Tribune de Genève du 1er février, après avoir assez bien dit tout le mal qu’elle pense du contre-projet, conclut son billet ainsi : « Sortir des spéculations idéologiques vaseuses qui pourrissent notre école et partir de la réalité vécue des classes pour être utiles, serait-ce un autre rêve ? Encore une fois, nous n’avons que les citoyens pour nous le dire. Désormais c’est sur eux seuls que nous comptons ». En appeler à la foule de la sorte sur des questions scolaires alors que le débat sur l’école est toujours aussi passionné et peu raisonné est dangereux. Les monomaniaques des notes jouaient sur du velours hier avec des arguments populistes. Mais aujourd’hui la situation est différente ; quoi qu’on pense des IN 134 et 138, elles ont le mérite d’essayer de sortir le CO du bourbier ambiant. S’en remettre d’emblée à la volonté populaire sans défendre la nécessaire évolution de l’école obligatoire, qui a motivé les initiatives, revient à faciliter la victoire du contre-projet car le peuple risque de préférer un modèle qu’il connaît et auquel il a survécu. Ce piège est à éviter. Le département manque peut-être d’imagination. Mais le débat d’idées doit exister, malgré cela.
[1] IN 134 « pour un cycle qui oriente », lancée par Réel [2] IN 138 « s’organiser contre l’échec scolaire et garantir une formation pour tous les jeunes », lancée par la Coordination enseignement |