Zébu ? Pas zébu ? Les signataires de l’initiative « École 2010 » sont atteints du syndrome du cervelas, de l’intérêt porté à l’emballage sans que ne soit évalué le contenu du produit. Avec ses 16’000 signatures, le Comité de l’initiative École 2010 est triomphant. Ce serait une erreur de ne pas reconnaître ce succès. Les initiants désirent un débat ; ils l’auront. Mais, dans la dispute qui s’engage aujourd’hui, ils devront porter le fardeau de la preuve. Car, Bon Dieu, au sein de notre école, à part dans les fantasmes, où sont les élèves au centre ? Où sont les théories appliquées sans recul ? Où sont les mômes qui construisent leur savoir sous le regard benêt d’enseignants qui attendent que ça vienne ? Où est la dominante évaluation formative ? Où sont les cycles d’apprentissage ? Ne chinoisons pas ! Ceux qui estiment trouver dans l’école ces vérités et ces faits sont soit des ignorants, - des victimes du syndrome du cervelas qui consiste à débattre de la peau pour éviter de jauger la viande ! - soit des menteurs qui avancent masqués, soit des fossoyeurs qui creusent leur propre tombe. Non, dans notre école, on voit des tableaux noirs sur lesquels se trouvent des mots à copier, des leçons à apprendre, des équations à comprendre. On voit des règles et des exercices, des livres, des cahiers qui, au fil des leçons, se remplissent. On voit des profs au génie ordinaire qui apportent des connaissances, qui les travaillent, les font apprendre, les assemblent pour rendre les élèves compétents. Des enseignants qui contrôlent ces savoirs. Des maîtres qui classent et qui sélectionnent parce que, même si ce n’est pas dit noir sur blanc dans les textes, c’est bien là ce qu’on leur demande ! De fait, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, notre école est celle proposée par les initiants. C’est de cela qu’elle souffre, pas d’autre chose ! Mais, ça ne leur suffit pas. Ils insistent, Ils en veulent plus. Il faut que ça saigne. Pour les défenseurs d’École 2010, la réussite doit d’abord passer par l’échec. Pour apprendre, il faut avoir peur. Peur de rater, peur de doubler. Et pour faire peur, il faut toujours plus de (mauvaises) notes pour dégager des classements, afin de pouvoir exclure le bon grain de l’ivraie. Et si cela ne marche pas, au cachot ! En filière disciplinaire ! On va vous serrer mes gaillards ! Une ! Deux ! C’est l’école du Général Bigeard ! Aux meilleurs, le savoir libérateur et aux autres - la majorité, il s’entend - du basique, du coriace, du bien carré. Des pompes, du drill et du biribi ! Car un travailleur manuel, il ne faut pas que ça se coltine avec la beauté du Monde, avec l’art ou la littérature et la liberté : il faut dès 12 ans une voie qui « prépare aux métiers ». Mépris des mômes, mépris des métiers, mépris des apprentis, mépris des travailleurs… On expliquera plus tard, en temps voulu et en détail, comment ils confondent le problème avec sa solution. Pour l’heure, faisons le crédit aux initiants d’avoir vraiment le désir d’améliorer les performances des élèves. Mais le faisceau de celles et ceux qui les soutiennent et les soutiendront devrait quand même leur mettre la puce à l’oreille : les créationnistes, toute la droite dure et une fédération patronale déconnectée de toute réalité ; tous ceux qui ne jurent que par l’école des élites, même si ça leur fait du mal de l’entendre. Sans oublier Cap’taine Crochet, médecin du bord et rapace à l’affût, gourmand toujours de remplir son pathétique fond de commerce. Les enseignants, les familles et les élèves méritent autre chose comme respect, comme soutien. Pour eux, nous lutterons. A la loyale, mais sans concession, nous nous battrons contre École 2010, dont le comité est un abuseur et les signataires des méchants ou des naïfs. Si le DFJC, ses cadres pédagogiques englués dans le « pragmatisme » et sa Cheffe veulent se coucher, nous les combattrons aussi. |