Le nouveau système d'évaluation, que d'aucuns imaginaient effectif au lendemain de la votation sur les notes du 24 septembre 2006, n'a été mis en place qu'à la rentrée 2007. C'est ce qui était prévu. S'il est cocasse d'observer les auto-congratulations prématurées de ceux qui pensaient remettre l'école dans le droit chemin, il est anormal, à la veille des résultats du deuxième trimestre, de ne disposer d'aucune analyse sérieuse des conséquences de la mise en place du nouveau livret scolaire. Le système d'évaluation des élèves du cycle moyen (3P-6P) ne connaît pas de précédent. Le nouveau règlement de l'enseignement primaire (C1 10.21) introduit en effet une évaluation trimestrielle, résultat de la moyenne des travaux de la période, avec onze positions (notes à la demi-bonne de 1 à 6) et une moyenne annuelle au dixième (31 positions). Auparavant, seules des notes entières (6 positions) existaient, et ne faisaient pas l'objet d'une moyenne. L'association professionnelle n'a pas cautionné ce règlement qui allait au-delà des prétentions des tenants des notes. Toujours est-il que si l'obstination du département est regrettable, il n'a jamais été question de refuser l'application des directives et de repartir dans les travers du passé où la direction laissait impunément certains acteurs se moquer, au vu et au su de tous, des efforts consacrés à faire évoluer l'école. Rompre avec ces années d'errance et de délinquance institutionnelle pouvait, au moins sous cet angle-là, apporter un effet salutaire. Mais pas si la lâcheté et l'inconsistance d'hier sont remplacées par une sorte d'omerta. L'équité du système scolaire mise à mal Un tel changement dans les pratiques d'évaluation ne peut s'instaurer sans disparités. Il y a donc, avant de juger de la pertinence des modalités arrêtées, un travail urgent à mener pour se rendre compte, au moyen de données fiables, si les élèves, d'un bout à l'autre du canton, sont soumis à un traitement égal. Cela devrait permettre de corriger les dérives. Mais personne ne saurait se satisfaire d'envisager des mesures pour harmoniser et stabiliser le système sans se préoccuper du fond, à savoir si l'évaluation reste quand même, malgré sa forme inique, au service des apprentissages ou si le contraire, le retournement de situation craint, s'est opéré. L'autre vraie question est de savoir si l'équité de traitement des élèves peut être garantie, à court terme. Afin d'évaluer le nouveau système, la direction s'est contentée de demander à tous les inspecteurs de récolter dans chaque classe deux dossiers d'évaluation : celui d'un élève avec difficultés et celui d'un autre n’en rencontrant pas. Une manière de bien renforcer la culture de l'échec. Mais las, le syndicat a enjoint les collègues à fournir les documents afin que l'analyse de la situation soit initiée. Chaque page centrale du registre de classe, avec les résultats notés du premier trimestre, a également été photocopiée à l'attention du supérieur hiérarchique. Certains inspecteurs ont mis plus de deux mois pour rassembler ce matériau. Et les grilles qu'ils doivent ensuite remplir laissent pantois : calculer le pourcentage des livrets signés par les parents, vérifier si les enseignants mettent bien les croix dans les cases (et non à côté !)… Voilà le genre d'indicateurs auxquels il faut s'attendre. Il y a un fort risque que l'inanité des informations statistiques qui seront données, tard de surcroît, soit camouflée par des discours vantant un bilan globalement positif, tandis que les élèves trinquent. Un jugement professionnel évanescent Alors que la note 4 correspond à la norme de réussite, combien d'élèves se trouvent avec un résultat inférieur en français (1 ou 2) ou en mathématiques au premier trimestre ? Que vaut un système scolaire si la majorité des élèves passe dans le degré suivant par dérogation ? La direction n'entend pas à l'heure actuelle publier de données précises, malgré le fait qu'elles soient en sa possession. Elle préfère ne voir dans cette opération qu'un contrôle administratif ! Et estime judicieux de celer le maigre quantitatif en promettant du qualitatif demain. Pendant ce temps, avec la quasi-disparition du jugement professionnel, les notes couperet tombent. Les parents s'inquiètent, les élèves subissent, certains se trouvent déjà sur le tapis roulant les menant à l'abattoir et quelques-uns, résignés, pleurent. En silence. Olivier Baud Président de la SPG |