Le samedi 10 novembre 2007, à Paris, près de 1’000 personnes ont assisté au 2ème colloque du collectif « pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans » [1]. Ce collectif, qui regroupe des psychologues, des pédopsychiatres, des chercheurs et des représentants d’associations, s’est constitué en réaction aux conclusions d’une recherche de l’INSERM (institut national de la santé et de la recherche médicale) publiée en 2005, concernant les troubles de conduites chez l’enfant et l’adolescent. En 2006, l’appel « pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans » obtient 200’000 signatures en moins de 6 mois et contraint le gouvernement français à renoncer à inscrire le dépistage d’enfants turbulents (dès l’âge de 36 mois !) dans sa loi de prévention de la délinquance. Suite à cette victoire, le collectif souhaite passer d’une force de résistance à une force de propositions et organise ainsi son premier colloque, en juin 2006, sur le thème suivant : Prévention, dépistage des troubles du comportement chez l’enfant. Le but principal de ce mouvement est de mener de front, actions et réflexions, au niveau sociopolitique et scientifique, cela avec entre autres les volontés suivantes : - Rapprocher les différentes disciplines - Ne pas laisser le politique aux politiques - Rendre publiques les informations - Refuser la médicalisation ou la psychologisation de toutes manifestations de mal-être social - S’élever contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives et de contrôle social Enfants turbulents : l’enfer est-il pavé de bonnes préventions ? était le titre de la rencontre de cette année. Un neurobiologiste, un philosophe, un généticien, un enseignant spécialisé, un professeur en santé publique et des personnalités telles que: P. Meirieu, B. Golze, F. Ansermet, P. Delion, et d’autres encore, ont animé des tables rondes durant la journée. Les similitudes entre les problématiques institutionnelles auxquelles sont confrontés nos voisins français et les lois, ou projets de lois en cours, dans notre pays étaient frappantes. Par exemple, les problèmes de confidentialité et d’utilisation des informations contenues dans le programme « base-élève », et le rapprochement qui peut être fait avec la nouvelle loi sur la prévention de la délinquance, confirment le bien-fondé de l’opposition des syndicats. Résistance bénéfique à mettre en parallèle avec la méfiance émise par les associations professionnelles à Genève lors de l’introduction du logiciel SIGNA, abandonné en France mais généralisé dans notre canton en 2007! Les difficultés liées à la mise en oeuvre en France, en 2005, de la loi sur le handicap ne peuvent que nous alerter et nous rendre extrêmement vigilants quand on sait qu’à Genève, par exemple, un projet de « loi sur l’intégration des enfants et adolescents handicapés et à besoins spéciaux de 0 à 20 ans », est actuellement discuté au Grand Conseil. Les enfants souffrant de déficience intellectuelle, de troubles psychiques ou de troubles du comportement n’ont-ils pas droit eux aussi à des prises en charges particulières ? Sont-ils pour autant des handicapés ? Ce colloque a particulièrement mis en évidence quelques dérives que connaît le monde occidental aujourd’hui : - La segmentation des savoirs et la simplification abusive de la pensée de tout phénomène. - La prédominance des neurosciences et de la génétique, avec l’intérêt toujours croissant pour des recherches sur le comportement social, sur les valeurs morales, etc. - L’écartement de la pensée par la conversion de concepts biologiques en concepts politiques. - La captation de l’attention de l’individu (TV, radio, natel, …) qui est devenue un marché mondial. - La tentation de vouloir entrer dans le corps du sujet afin d’en traquer l’identité. - Les effets iatrogènes (provoqués par le médecin) de la prédiction. - Le mépris dont le savoir des métiers fait les frais, au profit du business. - La stigmatisation des familles issues de milieu populaire dans leur capacité à élever leurs enfants. - La désignation de certaines catégories de personnes comme facteur de risque pour la société. En guise de conclusion, une phrase de B. Golze, professeur de pédopsychiatrie, qu’il est bon d’avoir toujours à l’esprit : « Nous sommes là pour protéger les vulnérables, non pas pour protéger la société de ces vulnérables ». Manuela Baud Educatrice spécialisée PS : le collectif « pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans » est également à l’origine de la pétition concernant la télévision pour les enfants dès 6 mois. |