Si les devoirs continuent à exister, envers et contre tout, pourquoi les études surveillées, mises sur pied pour permettre à certains élèves de les réaliser, devraient-elles se transformer en cours d’appui ? Poursuite de la réflexion entamée dans le précédent billet. Nous l’avons déjà relevé, demander aux enseignants de décider quel élève a besoin d’un encadrement du type études surveillées (ES) comporte des risques certains. Sur quelle base estime-t-on par exemple qu’un enfant qui vit avec ses quatre frères et sœurs dans une seule pièce aurait de moins bonnes conditions pour faire ses devoirs qu’un fils unique, seul dans un six pièces, avec des parents continuellement absents ? La fratrie peut se révéler extrêmement stimulante dans le premier cas et la solitude dévastatrice dans le deuxième. Malgré la volonté des enseignants de lutter contre les inégalités, les préjugés ne s’évacuent pas par miracle et donc point n’est besoin de donner des occasions de les entretenir. Mais introduire maintenant la notion supplémentaire d’appui après l’école et imposer aux enseignants de distinguer quel élève devrait bénéficier d’une aide dans ses apprentissages et lequel n’a droit qu’à un endroit calme pour effectuer ses devoirs amplifie le danger de voir l’équité de traitement mise à mal. Risques de décalages… En effet, l’écueil majeur est qu’une partie de l’enseignement échappe à la classe. Si l’on peut compter sur un appui après l’horaire scolaire, pourquoi dispenser les cours de manière complète, pourquoi s’attarder sur des notions mal comprises de certains élèves ? L’économie de stratégies différenciées pour amener chaque élève à l’acquisition des connaissances est tentante puisqu’un enseignant s’occupera des plus faibles ensuite. Et tant pis si certains se sentent continuellement largués ! Même si cela s’opère plus ou moins inconsciemment, la dérive suivante est bien entendu l’enseignement qui se fait par le biais des devoirs, par gain de temps. C’est une pratique que l’on peut hélas parfois constater au secondaire où les élèves sont évalués sur des contenus jamais enseignés en classe. Toutefois, au cycle d’orientation (CO), des cours d’appui se justifient davantage parce que les classes sont homogènes, par degré, et que les profs, n’enseignant qu’une ou deux disciplines, ont de nombreux élèves. Suivre ainsi temporairement un cours d’appui en maths au CO peut aider un élève à reprendre pied. Mais instaurer des cours d’appui après les heures d’école au primaire, c’est ouvrir une boîte de pandore. L’idée généreuse de départ, visant à tenter de réduire les inégalités de chance de réussite, s’avérera catastrophique car c’est le contraire qui se produira. Les temps de travail à la maison (TTM), à la base, creusent déjà les différences entre les élèves. Si nous ne voulons renoncer aux devoirs mais désirons quand même essayer de corriger leur effet pervers, il est possible d’instaurer un temps d’études consacré aux devoirs – non à l’enseignement – proposé à chaque élève, sans discrimination et a priori. Des responsabilités à partager Affirmons-le clairement, l’école après l’école n’apporte pas les fruits escomptés. Si un temps d’études peut se révéler utile, il doit être considéré comme un service, un droit, une prestation offerte à chaque élève, chaque famille. La responsabilité de l’école est de garantir l’existence d’un cadre adapté et efficace à l’accomplissement des devoirs ; la responsabilité de la famille est de choisir la modalité qui conviendra le mieux à ses enfants pour réaliser les travaux à domicile. La collaboration famille-école est donc indispensable, nécessite un dialogue constant, et aucune partie ne saurait imposer ses vues dans ce dossier épineux des devoirs. En tant que professionnels, il appartient aux enseignants de privilégier la communication avec les parents et de faire comprendre qu’un temps d’étude après l’école ne signifie ni gardiennage ni enseignement. Mais une prestation de qualité à laquelle tout élève a droit. |