Etudes surveillées et devoirs à domicile: un tissu d’incohérences et d’hypocrisies néfastes (1ère partie)
Genève - 02/11/2007

Il faut donner des devoirs parce qu’une école sans travaux à domicile, c’est comme une école sans notes : inimaginable par la population et donc politiquement irréalisable.

Après bien des atermoiements, un temps de travail à la maison (TTM) est donc maintenu. Il est décrété que l’élève doit pouvoir réaliser seul les tâches qui lui sont données et parfaire du même coup son autonomie. Mais l’institution rajoute droit derrière qu’elles constituent aussi un moyen pour les parents de s’intéresser au travail de leur enfant, sans intervenir, bien sûr. Chacun sait qu’il n’en est rien dans certaines familles et que nombre d’heures du week-end sont consacrées sans grand profit, mais souvent au prix de beaucoup d’énervements, à faire les devoirs.

Des études surveillées (ES) sont cependant mises sur pied afin d’offrir un cadre de travail satisfaisant aux élèves qui ne bénéficieraient pas de conditions suffisantes à la maison pour effectuer correctement les TTM. Si les ES existent, c’est parce que les TTM perdurent. Il en découle toutefois une série d’incohérences inquiétantes.

Inégalités, étiquetage, ingérence…

Tout d’abord, si les TTM sont généralisés (alors qu’ils gardent un caractère facultatif), l’organisation des ES, elle, dépend de l’avis ou de la disponibilité des enseignants, ou de la pression des inspecteurs (et tend donc à devenir obligatoire…). Ensuite, les TTM sont prévus de la 1ère primaire à la 6ème primaire, mais les ES ne sont censées être ouvertes qu’aux degrés 4-5-6P. Par ailleurs, les études durent une heure alors que le temps que l’élève devrait consacrer à ses devoirs diffère sensiblement suivant le degré où il se trouve. Le tandem TTM-ES est source d’inégalités car certains élèves, qui pourraient en profiter, soit n’ont pas droit à un temps d’études car il n’ont pas été pressentis par l’équipe, soit en sont empêchés parce que cette modalité n’a pas été retenue par l’école.

Autre fait surprenant : l’absence de corrélation entre le rythme des ES et les devoirs. Les ES débutent un mois après la rentrée scolaire, n’ont pas lieu au mois de décembre et se terminent fin mai ; respirations heureuses à des périodes chargées. Hélas, il n’en est pas tenu compte dans la plupart des cas et les TTM, eux, sont bien donnés à faire aux élèves tout au long de l’année. Or, si l’équipe enseignante a estimé nécessaire d’organiser des ES pour aider les élèves à faire leurs TTM, pourquoi des devoirs sont-ils systématiquement imposés en dehors des périodes d’ES ?

Enfin, depuis 2006, il est demandé aux enseignants de désigner les élèves qui ont droit aux ES ; aux parents d’accepter ou non la proposition. Etiquetage de l’élève en difficulté, intrusion dans la vie de la famille, parents relégués à un rôle passif et culpabilisés s’ils refusent les ES pour leur enfant, etc. : cette manière de procéder comporte suffisamment d’écueils pour y renoncer.

Surveillance ou assistanat ?

Mais, pour parachever le tout, la direction parle maintenant d’ES qui serviraient de différenciation, de mesures d’accompagnement, et tout dernièrement d’appui (dès la 1ère primaire) : des ES bonnes à tout faire en somme. Certains élèves n’auraient besoin que d’un « lieu calme » pour faire leurs devoirs et d’autres d’un « appui » pour se mobiliser autour de leurs apprentissages. Grosso modo, les enseignants, dès les premiers jours d’école, décideraient qui a besoin d’un endroit tranquille pour étudier et qui doit recevoir un appui pour acquérir les connaissances et compétences de base. Ingérence d’une part vis-à-vis de la famille et aveu d’impuissance d’autre part vu que l’école est bien là pour prendre tous les élèves en charge sur l’horaire scolaire et non reporter à plus tard l’enseignement et l’encadrement nécessaires. (à suivre)

De deux choses l’une : ou les devoirs doivent être réalisés par l’élève sans aide et une assistance spécifique après les cours est inutile, ou l’école n’est plus capable de remplir sa mission d’enseignement durant le temps scolaire et il faut revoir l’horaire et les contenus dans leur ensemble. Mais tout subterfuge ou palliatif relève d’une hypocrisie contre-productive.

 
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