Certains de nos parlementaires cantonaux se font parfois les auteurs d'interventions qui vont rester cousues avec du fil d'or dans les annales de notre Grand Conseil… Est-il exact que les garçons n'en piquent pas une en couture ? Est-il encore exact qu'en matière de tricot ils sont empotés et rechignent ? Finalement, la trame du problème ne se situe-t-elle pas dans l'éducation et l'ouverture d'esprit ? Au cours de la séance du Grand Conseil de ce printemps, un député alémanique, appuyé par six cosignataires, a déposé la motion suivante : "Travaux manuels à l'école obligatoire. Le Conseil exécutif est chargé d'édicter les bases légales permettant aux garçons et aux filles de choisir librement entre les cours de couture et les cours de travaux manuels à l'école obligatoire." Et, de fil en aiguille, de broder sa motion avec le développement suivant : "Les garçons cassent de coûteuses machines à coudre ! L'aiguille se bloque, le tissu est de travers ou il est trop épais sous le pied-de-biche. Les consciencieuses maîtresses s'énervent de voir des empotés tricoter en rechignant. Pourquoi oblige-t-on les garçons à coudre et à tricoter alors qu'on sait bien que ce n'est pas dans leur nature ? On n'a jamais obtenu de bons résultats en forçant les gens. Le choix entre couture et travaux manuels doit être dicté par les aptitudes et les envies. Cette réflexion vaut naturellement aussi pour les filles. Si une fille a du plaisir à manier le marteau et la scie, elle peut le faire, mais il ne faut pas l'y obliger." A lire ces propos, il faut se piquer pour s'assurer qu'on ne cauchemarde pas ! Heureusement, dans sa sagesse, le Conseil exécutif n'a pas laissé couler la maille et a proposé le rejet de la motion. On a eu chaud… car ainsi, l'accès au club restreint des grands couturiers et stylistes reste ouvert aux garçons bernois. Et même, s'ils n'atteignent jamais ce statut raffiné, ils auront au moins l'occasion d'apprendre à tricoter… leur bas de laine. Eh oui, l'économie va de mieux en mieux ! Et dans l'esprit de ce député, le bas de laine doit encore avoir une signification très concrète. Sait-il au moins qu'il existe des banques ? Comment peut-on, à notre époque, avoir des idées à ce point (de croix) archaïques, doublées d'un grossier soupçon de ségrégationnisme ? Dans quel trou reculé de notre canton ce député a-t-il donc tissé son cocon ? Il serait temps d'orner son chapeau de quelques galons d'ignorance. Si la couture et le tricot ne sont pas dans la nature des garçons, l'esprit de fermeture (éclair) est en revanche dans celui de ce député. J'ai eu personnellement l'occasion de discuter avec l'une de ces "consciencieuses maîtresses" qui m'a dit tout le plaisir que les garçons avaient à faire glisser le tissu sous le pied-de-biche et à réaliser maints objets dont ils sont très fiers. J'ai appris dernièrement qu'il existe un musée de la machine à coudre à Fribourg. Il a été même l’objet d’admiration des collègues masculins et féminins de l’ASER . N'en existe-t-il donc pas un pour les députés mal rapiécés ? |