Salaires des profs à l’école obligatoire : de l’ordre juste… maintenant !
Vaud - 15/06/2007

L’échelle des salaires des enseignant-es vaudois-ses et, singulièrement, de leurs classifications respectives, relève d’une construction historique qui, peu à peu, a abouti à une incohérence générale et à d’invraisemblables inéquités de traitement.

On l’a lu et entendu : une décision du Tribunal des prud’hommes de l’administration cantonale (TRIPAC), intervenue en mai, conduirait de fait à la classification en 20-24 des maîtresses ACT. On ne peut que se réjouir de cette avancée qui placerait nos collègues au même niveau salarial que celui des enseignants de travaux manuels. Si l’écart de rémunération entre ces deux catégories relève réellement d’une discrimination liée au genre, nous nous devons même de la dénoncer vigoureusement.

Pourtant, force est de constater que le paysage salarial des enseignants de l’école obligatoire ne s’en trouverait pas pour autant magistralement éclairé !

1200 francs au début et 2700 francs après 20 ans d’activité ; soit 30% à 46% ! c’est la différence salariale mensuelle nette entre une enseignante de VSB et une maîtresse enfantine au fil de la progression de leurs carrières respectives[1]. Mazette !

Certes, les formations respectives ne sont pas comparables : Aujourd’hui, un « bachelor » universitaire plus 3 semestres de formation pédagogique pour la première ; une maturité spécialisée ou gymnasiale à laquelle succèdent 6 semestres en HEP et un « bachelor pédagogique » pour la seconde.

Mais, au-delà, en termes d’implication dans le cursus de formation, de déploiement de compétences dans le projet général de formation de l’élève, ne sont-elles pas pour le moins à égalité de responsabilité ?

Chaque collègue doit être respecté. De même que son travail : il n’est pas question ici d’opposer des catégories qui ne sont pas responsables d’inéquités de traitement. Mais comment faire admettre que le salaire d’un maître de travaux manuels soit plus de mille francs supérieur à celui d’un instituteur qui fait entrer l’élève dans la lecture, l’écriture, les mathématiques et se doit de nouer des contacts réguliers et productifs avec les familles ?

Qu’une formation complémentaire d’envergure soit sanctionnée par une avancée salariale, rien de plus normal, mais il est inacceptable que pour améliorer sa situation financière, il n’existe d’autre porte de sortie pour un-e enseignant-e généraliste que de quitter la fonction à laquelle il s’est destiné !

Dans ce contexte, la loi sur la HEP vaudoise, prochainement débattue au Grand Conseil, ne fait que reprendre les orientations fédérales : en termes de volume et de niveau, elle entérine le gouffre qui sépare la formation des institutrices et des instituteurs de celle de leurs collègues qui se destinent au secondaire I. Elle enferme les généralistes dans une situation sociale - et conséquemment salariale - précarisée.

Certes, on promet des masters consécutifs pour les généralistes : les HEP se rendent bien compte que les exigences du temps et des plans d’études ne pourront être remplies à satisfaction par le volume de formation proposé aux généralistes.

Mais il y a plus grave : cette multiplication des cursus conduit tout droit à une multiplication des statuts. Y aura-t-il à terme des instits ordinaires pauvres et d’autres bardés de nouveaux diplômes, enrichis, pour créer une nouvelle hiérarchie au sein des équipes et des établissements ?

D’aucuns ont été jusqu’à vilipender la position du SER et de la SPV, qui demandent le master pour l’ensemble des enseignant-es de l’école obligatoire, en faisant accroire que cette exigence ne serait liée qu’à un pur intérêt salarial.

Désolé ! c’est la politique de l’Etat qui conduit à cette conclusion. Et non l’exigence d’une profession soucieuse de pouvoir remplir le cahier des charges que lui confient la société et l’employeur.


[1] Pour rappel, les salaires mensuels maximum nets sont les suivants : maître-sses du Cin. (classes 14-18) : 5’772.—frs ; maître-sses généralistes (15-20) : 6’234.-- frs, maître-sses de VSO et d'enseignement spécialisé (18-22) : 6732.--frs ; maître-sses de VSG (21-24) : 7’266.--frs ; enseignant-es licencié-es (24-28) : 8461.—frs ; maître-sses de travaux manuels (20-24) : 7266.--frs

 

 
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