Le Parlement jurassien a adopté en première lecture le projet de modification de la loi scolaire par 30 voix contre 11. La plupart des amendements proposés ont été acceptés à une plus forte majorité. Si l’on reprend ces décisions les unes après les autres, on doit bien constater que le projet final introduit ou maintien des mesures incompatibles avec le développement d’une école moderne. Tous les changements proposés étaient qualifiés par le Gouvernement dans son message d’ « ajustements » de la loi scolaire. Voyons donc ces ajustements dans l’ordre de leur apparition dans la loi. L’enseignement de l’histoire des religions devra se faire avec un accent particulier sur le christianisme. La possibilité, pour les parents ne se réclamant pas de cette religion, de demander une dispense de suivre cet enseignement pour leurs enfants est parallèlement supprimée. Pourtant, un avis du service juridique indiquait clairement qu’une référence au christianisme devait impérativement être accompagnée d’une possibilité de dispense. Les élèves des degrés primaires et secondaires seront passibles de nouvelles sanctions : l’exclusion d’abord, qui, dans la loi, s’appliquera à tous les élèves. Dans l’ordonnance actuelle, il est précisé tout de même que cette exclusion ne peut s’appliquer qu’à des élèves en prolongation de scolarité. Signalons quand même, la nuance est importante, qu’un texte de loi ne peut être modifié que par le Parlement. Les modifications d’une ordonnance sont elles de la compétence du Gouvernement. Le transfert (qui remplace le terme de « placement » de la proposition initiale) en institution est la seconde sanction nouvelle introduite. Même si le texte prévoit que « ces sanctions sont assorties de mesures éducatives adéquates », le fait de déplacer une mesure d’accompagnement en faveur d’élèves en difficulté dans le chapitre des sanctions pouvant être prises contre les élèves, démontre une vision inquiétante de la mission de l’école. La compétence de nommer, donc de licencier, les enseignants est laissée aux 54 commissions d’écoles primaires et aux 6 commissions d’écoles secondaires. Non seulement le Parlement n’a pas voulu donner cette compétence au Département, il s’est même opposé à l’idée que le Département se substitue à une commission d’école pour nommer un enseignant ayant perdu son emploi en raison d’une fermeture de classe. C’est qu’il faut privilégier une saine et juste concurrence (le terme a été employé à la tribune) entre nouveaux et anciens enseignants. Triste spectacle que de voir une majorité de députés décider de ne faire preuve d’aucune reconnaissance à l’égard de personnes s’étant engagées pendant des années, à la satisfaction générale, en faveur de l’école jurassienne, et qui perdent leur emploi sans avoir commis la moindre faute. Qu’ils aient construit leur vie et celle de leur famille dans ce coin de pays, qu’il faut aimer pour y rester, n’est finalement aux yeux de certains députés qu’un détail. Le Département a annoncé une révision globale de la loi scolaire durant cette législature. De quoi s’inquiéter à propos des nouveaux « ajustements » qui lui seront apportés. Le Jura célèbre le 30e anniversaire de sa Constitution. Progressiste et généreuse, disait-on alors. Comme on peut le voir, parler d’évolution n’a pas toujours une connotation positive.
Un autre ajustement Une autorisation d’enseigner est introduite dans la loi. Elle pourra être retirée, temporairement ou définitivement, si un enseignant commet « des actes incompatibles avec sa fonction », s’il n’est plus en mesure de remplir sa fonction « en raison d’alcoolisme, de toxicomanie ou d’autres troubles psychiques ». Précisons et confirmons, à l’intention des collègues, incrédules, des autres cantons romands avec qui nous en avons parlé lors de la dernière AD du SER, que ces termes sont bel et bien introduits dans la loi. Certains partisans de ce texte affirment que ces dispositions sont de nature à revaloriser l’image des enseignants. S’ils en sont convaincus eux-mêmes, c’est déjà ça. En tous les cas, ils ont reçu le soutien sans réserve de ceux qui alimentent depuis des années le ressentiment populaire à l’égard de la profession enseignante. Avec ce texte et la compétence de nomination laissée aux commissions d’école, on peut s’attendre à ce que la sérénité ne préside pas aux renominations d’enseignants en 2009 … |