Inexorablement, l'école à journée continue va entrer dans nos habitudes. En quoi va-t-elle modifier les structures de la société ? Dans quelle mesure pouvons-nous influencer son évolution ? S'épargner le souci des enfants pendant la pause de midi. Par conséquent, ramener un deuxième salaire et de surcroît contribuer à l'évolution d'une économie déjà florissante, est-ce là une facette des objectifs de l'école à journée continue ? Y a-t-il danger ? Si dans le cadre de notre journée syndicale divers sujets ont été abordés, il en est un qui a soulevé bien des discussions : l'école à journée continue. Ce thème suscite autant d'enthousiasme que de craintes. Du côté de l'enthousiasme, on avance des arguments économiques, pratiques et familiaux. Ceux qui sont plus réservés évoquent également des motifs familiaux, mais de loin pas les mêmes. On ne peut pas se le cacher, l'école à journée continue se conforme à l'inéluctable évolution de la société. D'une part, on prône l'égalité des sexes, d'autre part, on assiste à une envolée de notre économie. Rien que ces deux facteurs poussent la population féminine à prendre ou reprendre un emploi. Mais, en général, le lieu d'habitation et le lieu de travail sont plus ou moins distants l'un de l'autre. Il est par conséquent difficile, voire impossible de rentrer à midi et encore moins de confectionner un repas pour les enfants qui rentrent juste de l'école… Donc, laissons les enfants à l'école, aux soins de personnes qualifiées, qui sauront s'occuper d'eux. Par ailleurs, cette pratique va créer des emplois sous forme d'heures d'encadrement. Donc, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… économiques. Cependant, il est parfaitement justifié de placer quelques signaux de danger et, à ce stade, de poser quelques questions pertinentes. Dans ce système d'école à journée continue, l'économie et la grande gagnante : elle dispose de plus de ressources humaines, donc va réaliser de plus grands profits. Et que verse-t-elle en retour, en faveur de la formation, de la jeunesse, des familles ? Qu'en est-il ensuite de la cohésion familiale, de ces liens qu'on tisse, régulièrement, précisément autour de la table, en mangeant ? L'école n'empiète-t-elle pas à nouveau dans le noyau familial, ne la charge-t-on pas, une fois de plus, de l'éducation des enfants ? Les parents déjà démissionnaires, ne seront-ils pas encore davantage renforcés dans cette tendance ? Je pense qu'il nous appartient, à nous enseignants, à nous syndicats, de nous faire entendre, pour que l'école à journée continue prenne une direction où l'humain et la famille garderont la priorité sur l'économie. |