Le retour d’une enseignante en classe, après un congé maladie, a déclenché une véritable tempête dans un cercle scolaire jurassien. Quelques parents, bien moins que ce qu’il a été annoncé dans la presse, n’ont pas hésité à retenir leurs enfants à la maison pour discréditer l’enseignante en question et faire pression sur les autorités scolaires. L’affaire est peu glorieuse et met en évidence les moyens que certains parents, sans scrupules, sont capables d’utiliser pour se débarrasser d’une personne qui ne leur convient pas. D’abord, on fait état de problèmes d’alcoolisme, graves par définition. Pour bien donner la mesure, on ne se limite pas à une enseignante, mais on accuse quatre enseignant-e-s du cercle scolaire d’avoir ce type de problèmes. Tout cela sans porter plainte pour autant. On s’approche des autorités communales, de façon informelle, pour dénoncer un problème qui doit être réglé. On le fait sans trop se mouiller : je ne t’ai rien dit, mais tu sais tout ! Première conséquence, la commission d’école invite une enseignante à prendre un congé pour se soigner. L’approche est humaine. Les difficultés personnelles qu’elle rencontre ne laissent pas insensibles les autorités scolaires. Cette manière de faire ne plaît pas au Conseil communal. Il informe le service de l’enseignement que leur école est un repère d’assoiffés dont il faut s’occuper promptement et drastiquement. Le SEN entre en matière. Logique. Une dépendance à l’alcool d’un-e enseignant-e peut mettre en danger les enfants dont il-elle a la charge. Mais les responsables du service s’étonnent tout de même d’entendre parler d’un problème qui paraît profond et ancien. Ils n’ont en effet rien dans leurs dossiers pouvant laisser imaginer un tel malaise. Ils décident donc de faire la lumière sur toute l’affaire. Ils ne pourront le faire sereinement. Lorsque l’enseignante en soins annonce son retour en classe, avec un certificat médical attestant qu’elle est en mesure de reprendre le travail, des parents décident de prendre leurs enfants en otages en les empêchant d’aller à l’école. Ils informent la presse de leur action. Toujours avec le même courage : sous le couvert de l’anonymat. Tant pis pour les conséquences qu’aura le tort moral infligé à l’enseignante. Le Département et le SEN ont condamné ces agissements. Le SEJ leur a écrit pour leur demander de mener les investigations avec diligence. Si des faits de mise en danger des élèves sont prouvés, il faudra prendre des mesures rapides, immédiates, de protection des enfants. Dans le cas contraire, il faudra alors demander réparation aux parents qui ont utilisé, et ceci est le seul fait avéré pour l’instant dans cette histoire, des procédés d’une lâcheté méprisable. Alcoolisme, dépression, troubles psychologiques, sont des maladies. A ce titre elles se soignent. Ce sont aussi des raisons pouvant justifier un retrait de l’autorisation d’enseigner, selon le projet de modification de la loi scolaire. Le cas ci-contre montre à quel point le SEJ a raison de s’inquiéter des dérapages que cela pourrait engendrer. |