Consultée par le département sur l’avant-projet de modification de la Loi scolaire sur le cycle initial obligatoire, la Société pédagogique vaudoise, s’est largement appuyée sur les orientations et l’expertise de l’Association vaudoise des enseignant-es du Cycle initial (AVECin-SPV). Dans sa réponse, la SPV a notamment pris acte avec satisfaction que la demande de renoncer à toute évaluation sommative pendant et à la fin du Cin a été entendue par le DFJ. Très circonspecte, la SPV a refusé de donner toute latitude organisationnelle aux Conseils d’établissement (voir la rubrique en bref). Elle a demandé à être associée à l’écriture des articles du règlement, dès que le Grand Conseil aura accepté les modifications légales. Enfin, la SPV a demandé l’ouverture, dans le plus bref délai, d’une négociation sur le statut des enseignant-es du Cin. On trouvera ci-dessous les grandes orientations que l’AVECIN a construites dans ce domaine de réflexion, orientations dont elle reste évidemment porteuse, aux côtés de la SPV, de manière militante. Dan Des visées pour aider l’élève à progresser et l’enseignant-e à structurer son travail Les objectifs et activités pré-scolaires actuels des classes enfantines vaudoises (document de la CDIP du 11 juin 1992) se proposent de favoriser, en collaboration avec les parents, l’épanouissement de l’enfant par la socialisation et l’éducation ainsi que d’aider à son développement social, psychomoteur et cognitif. Ils se découpent en six domaines : socialisation, activités langagières, activités mathématiques, activités artistiques, activités corporelles, connaissance de l’environnement. Un remaniement de ces objectifs s’accordant avec le PECARO assurerait un travail plus fin avec les élèves. Si le comité adhère à ce projet, il souligne le fait que les objectifs doivent rester des « visées » aidant l’élève à progresser dans ses apprentissages et l’enseignante dans son travail pédagogique. Il constate que : - les enfants de quatre à six ans accueillis dans les classes enfantines présentent des différences notables dans leur développement psychologique, social et affectif et viennent de milieux sociaux ou culturels très différents. On ne saurait attendre d’eux les mêmes connaissances et compétences après deux ans de scolarité seulement, - une entrée trop rapide et trop absorbante dans les apprentissages scolaires pourrait leur ôter toute envie d’apprendre et engendrer un stress et des difficultés psychologiques handicapantes sur le long terme, - l’évaluation, au Cin est avant tout formative et se fait par l’observation de l’élève (procédures, attitudes, compétences, savoirs). L’obligation de n’atteindre que des micro-objectifs (reconnaître les chiffres, les lettres, les couleurs par ex.) ne donnerait qu’une vision fragmentée de l’élève et ne tiendrait pas compte de son développement global. - l’abandon du passage automatique du Cin au 1er cycle primaire (hormis certains cas spécifiques dont la décision de maintien nécessite l’appui d’un groupe pluri-disciplinaire) mettrait, de manière inadmissible, des enfants d’à peine six ans en échec scolaire. Par ailleurs, le comité : - revendique la liberté pédagogique et la créativité (travail par thème, par projet de classe ou d’élève, par objectif, etc) qui permettent la souplesse et la différenciation, - demande des moyens pédagogiques spécifiques au cycle initial, seul garant d’une certaine harmonisation des pratiques et permettant une promotion plus aisée du travail fait au Cin. - promeut une approche transversale des apprentissages prenant en compte les six domaines d’activités et ne saurait imaginer une répartition horaire telle que celle pratiquée dans l’enseignement primaire, - envisage la question de la communication aux parents comme essentielle et encourage les échanges d’informations oraux et argumentés au sujet de l’évolution de l’enfant et de ses apprentissages, - s’oppose à la mise en place d’une évaluation institutionnalisée fondée sur des micro-objectifs tels que décrits plus haut, qui ne tiendrait pas compte du développement global de l’enfant, - défend l’organisation actuelle qui réunit deux classes d’âge (première et deuxième année ensemble) et la richesse des échanges qui en découlent, - demande que sa voix soit entendue lorsqu’il dit la fatigue des enseignantEs qui évoquent l’ampleur de leur tâche éducative, leur difficulté à obtenir l’implication d’enfants envers qui la société a de moins en moins d’exigences et la complexité grandissante de leur travail, - fait sien le proverbe africain qui dit qu’ « il faut tout un village pour élever un enfant », suggérant par là qu’il n’est pas possible de laisser à l’école toute la charge de l’intégration sociale et de l’éducation des jeunes enfants. Maintenir l’enseignement en demi-classes Le comité déclare indispensable le maintien de moments d’enseignement en demi-classes. Les enfants de cet âge se distinguent par leur grande dépendance affective et leur difficulté à faire preuve d’autonomie, tant dans les actes de la vie courante que dans leurs pensées et leurs attitudes. Une prise en charge dans un petit groupe favorise une bonne entrée dans la scolarité par une socialisation réussie et permet à l’enseignantE d’avoir une meilleure vision des besoins des élèves. Elle permet aussi d’aborder les différents apprentissages en consacrant plus de temps à chacun, stimulant l’un, rassurant l’autre et jouant son rôle encadrant et structurant de manière adéquate. A ce propos, l’AVECin déplore le fait que ces moments en demi-classes soient, la plupart du temps, réservés aux élèves de deuxième année. Les élèves de première année du Cin en tireraient aussi un grand bénéfice et les démarches existantes ont montré des résultats encourageants. Un statut à temps complet La nouvelle classification des fonctions verra le statut d’enseignantE au cycle initial disparaître au profit de celui de maître généraliste. Attentive à ne pas péjorer le statut des enseignantEs du cycle initial, (caisse de pension ou prestations complémentaires incomplètes), l’AVECin revendique un statut à temps complet, même si, pour les enseignantEs, cela augmente le temps de présence en classe. Elle invite par ailleurs les autorités à prendre en compte la difficulté et la complexité grandissante du métier et la nécessaire haute formation qu’il réclame. En effet, prendre en charge de tous jeunes enfants, rendre compte de nos pratiques et les faire évoluer, rencontrer des parents de tous horizons, collaborer avec divers spécialistes intervenant dans le cadre scolaire, participer à la réalisation de projet d’école ou d’Etablissement justifient des positions exigeantes en matière de formation, de reconnaissance des compétences et conséquemment du statut. (D’après AVECINinfo no 6 /février 2006) Ces dernières options se traduisent dans la conclusion de la résolution votée à l’unanimité par l’AG de l’AVECin le 9 septembre dernier, qui demande à la Cheffe du département : L’établissement d’un statut à temps complet pour les enseignant-es du Cycle initial, même si cela conduit à une modification du temps de présence en classe. |