| Lors des Assises vaudoises sur la formation des enseignants, organisées par le DFJ le 28 janvier 2006, Walo Hutmacher questionnait la question de la régulation dans le domaine de l’enseignement. Il montrait que la régulation étatique et bureaucratique par les lois et les textes prescriptifs tendait à rigidifier et à « routiniser » les pratiques des professionnels. À l’inverse, la régulation professionnelle oriente l’activité prioritairement vers des finalités et des buts formellement assignés, propose une évaluation basée sur la « conformité des résultats ou des effets aux buts assignés », et invite les acteurs à décider des modalités de l’action et à adapter cette dernière aux « circonstances locales ». Selon le prof. Hutmacher, c’est cette approche qui devrait être privilégiée. Soit ! Comment ne pas suivre W. Hutmacher quand il invite les « professionnels de la profession » à l’émancipation et à une professionnalisation accrue, affirmée, voire militante ? Comment ne pas appuyer le transfert des responsabilités au plus près des acteurs et des bénéficiaires de l’action ? C’est l’approche positive de cette question qui a notamment conduit la SPV à ne pas s’opposer au concept d’enveloppe pédagogique. Soutien du bout des lèvres cependant, car la SPV s’est aussitôt montrée soucieuse du fait que, d’une part, la totalité des prestations proposées puisse être offerte dans chacun des 90 établissements de la scolarité obligatoire vaudoise et que, d’autre part, l’on n’en profite pas pour déréguler, par exemple, les maxima d’élèves par classe définis par le règlement ou, par la bande, pour s’attaquer au statut ou au cadre de travail des enseignants inscrits dans les textes légaux. Or, à quoi est-on en train d’assister ? L’opération Etacom a remis la gestion des bâtiments, ainsi que celle des transports scolaires, aux communes. L’engagement et la gestion du personnel enseignant et parascolaire revient dès lors au Canton. On se trouve de fait et conséquemment dans la situation où l’employeur public cantonal ne possède plus qu’une maîtrise relative des conditions de travail de ses collaborateurs. L’affaire des caméras est éclairante à ce propos. Dans ce contexte, des bruits insistants font état de la volonté de certaines communes - selon le principe du « qui paie commande » - de demander la dérégulation des normes cantonales relatives aux surfaces des locaux scolaires que la loi oblige à mettre à disposition des élèves et du personnel enseignant. De la même manière, d’autres communes rechignent à procéder à l’équipement requis en matière de connexion aux réseaux informatiques. Sur un autre plan, alors que la SPV a soutenu le principe du Conseil d’établissement, comme lieu de débat et d’orientation des politiques éducatives menées localement, un article de l’avant-projet de Loi sur le Cin obligatoire autoriserait cette instance - dont la représentativité démocratique n’est quand même pas du niveau de celle du parlement - à déroger de manière forte à certains principes généraux de la Loi, pour des raisons d’organisation locale. Cerise sur ce gâteau de moins en moins alléchant, c’est, à l’est du canton, le temps de présence aux élèves - inscrit dans la Loi - qui est mis en discussion au motif d’une gestion problématique des transports. Nous sommes donc à la croisée des chemins et postulons que toute « dérégulation » qui développe le professionnalisme doit être soutenue, mais que le fait de « profiter » de cette approche positive et responsable pour détériorer le statut des enseignants en tant qu’employés de l’Etat doit être d’autant plus résolument combattu. Il n’est en effet pas inutile de rappeler que si la régulation professionnelle est l’apanage des professions libérales, c’est dans un cadre captif et régalien (défini notamment par la Loi scolaire et la loi sur le personnel) qu’est exercée la profession d’enseignant de l’école publique. C’est entre ces deux contraintes que doit être trouvé le chemin raisonnable qui saura conduire à l’amélioration des responsabilités des maîtresses et maîtres vaudois, ainsi qu’à celle des compétences des élèves qui leur sont confiés. |