Tous ensemble vers le sommet !
Vaud - 06/10/2006

Extrait de l’adresse du Comité cantonal de la SPV, par son président, aux 300 membres présents lors de l’assemblée du 9 septembre à l’université de Lausanne.

(On retrouvera cette adresse en intégralité sur www.spv-vd.ch )

[…]

Aujourd’hui tous les élèves sont autorisés à se présenter au camp de base.

Aujourd’hui pourtant, toutes et tous n’atteindront pas le sommet

C’est ce défi soit disant impossible - atteindre ensemble le sommet - qui devrait animer tant le pouvoir politique que chacune et chacun d’entre les maîtres et maîtresses de ce canton.

Ce doit être notre défi, mais aussi celui de l’école vaudoise dont il est permis de rappeler qu’elle est parmi les plus sélectives qui soient.

C’est ce défi que nous vous engageons à relever.

Certains qui entrent à l’école, qui se présentent au camp de base, sont filles ou fils de guide de montagne, d’autres ont des qualités et des dons qui leur permettent d’envisager le parcours avec sérénité. On en voit déjà qui accompagneront, soutiendront leurs collègues moins bien lotis.

D’autres qui par jalousie chercheront à faire chuter les meilleurs.

Car certains sont venus en chaussettes. On en voit qui pleurent, qui sont saisis par la peur.

Il y a là des aveugles, des sourds, des orphelins, des issus de familles aimantes et unies, des enfants de juge et des gosses d’assassins. Des minces et des gros, des magnifiques et des pas beaux, des tristes et des qui n’ont pas envie.

On peut alors regrouper ces aspirants à la conquête du ciel en catégories.

C’est ce que fait notre système scolaire. En tout cas dès qu’est atteint le douzième anniversaire des enfants qui lui sont confiés.

Un système qui place les lents avec les lents. Les doués avec les doués. Les moyens avec les moyens. Les blancs enfants de médecins avec les blanches filles de profs ou de juristes. Les bronzés, comme certains disent, avec les bronzés.

Qui n’a pas vécu ce choix cornélien à l’orée d’un camp de ski : moyens-moyens ou moyens forts ?

On est subtil. On trouve des combinaisons improbables : On peut grouper ceux qui sont en chaussettes avec les sourds, les aveugles avec les tristes et ceux qui ont pas envie.

Les plus ou moins sourds, les plus ou moins voyants.

Parfois on hésite ; que faire d’un aspirant blanc fils de banquier un peu lent ? Que penser ? ou classer cette jeune fille fragile issue des îles, dont les parents ont disparu sous la férule d’un potentat local, mais qui en veut et a lutté pour s’équiper de belle manière.

Dans certains endroits du Canton, c’est bizarre, c’est comme s’il y avait 2 fois plus de rapides et de doués qu’ailleurs.

Finalement on y arrive. Oh cela ne se fait pas sans mal. Y’en a qui tempêtent, qui disent qu’ils ne sont pas reconnus comme il faudrait. Que c’est juste injuste.

Mais, l’un dans l’autre ça marche. Ou plutôt, ça marche encore. Certains estiment que c’est une illusion de croire que ça marche !

C’est vrai que ça arrange tout le monde. Et puis cela paraît tellement logique : 3 élèves : un bon, un moyen, un faible.

Trois filières donc : une pour les bons, une pour les moyens, une pour les faibles. Ou plutôt une pour celles et ceux que le système identifie comme tel. Dire que c’est l’école, ses structures et la manière d’aborder les difficultés qui produit et de la réussite et de l’échec n’est pas une offense, c’est une évidence, même si comme toute évidence, elle peut paraître tautologique.

Comment s’y prendre et quelle énergie faudrait-il déployer pour que les cordées soient équilibrées sous une autre bannière ?

Au risque de lasser, le comité rappelle que d’autres systèmes, dans ce sens, font mieux que le nôtre.

Qui ne regroupent pas en filières, mais ont opté pour une pédagogie plus active et un encadrement différent. Qui se saisit de chacune et chacun des élèves et met le paquet pour que toutes et tous atteignent le sommet.

Sommet dont on n’a pas rogné le moindre centimètre. Au contraire.

On peut y conduire des cohortes d’élèves qui possèdent un meilleur niveau.

On peut réduire l’écart entre les forts et ceux qui le restent un peu moins.

D’autres le font. Pourquoi pas nous ?

Solennellement, aujourd’hui, le comité de la SPV l’affirme sans ambiguïté : la machine à 3 coups est enrayée. Et la question de la structure du secondaire I doit être abordée avec vigueur.

Ce n’est pas l’engagement des collègues qui doit être dénigré. Mais il faut se demander comment cet engagement pourrait porter de meilleurs fruits dans une école qui ne classerait plus à 12 ans les enfants dans des tuyaux hermétiques.

Il ne s’agit pas d’ouvrir une nouvelle guerre scolaire (jamais utile, en tout cas jamais aux plus faibles), mais bien de réactiver la flamme révolutionnaire qui animait les pionniers de la SPV.

« Réussir ensemble, bannir l’exclusion ! »

Ce titre, qui pourrait choquer, est celui des troisièmes Assises de l’Education, organisées à Dorigny par le SER, ce prochain samedi 23 septembre. Il faut venir s’y documenter et apporter sa pierre au débat.

Aujourd’hui nous ne sommes pas d’accord sur la question des filières.

Soit. C’est du débat argumenté et documenté que doit venir la lumière.

Ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre ne sera jamais la position du Comité de la SPV.

Nous désirons que ce ne soit pas non plus celle de la SPV tout entière.

Quand un changement se profile, rien n’est pire que de subir.

[…]

« Rien ne va plus… mais tout sauf le changement ! »

Cette posture si souvent entendue n’est pas acceptable. Elle nous transforme en insatisfaits, nous fait passer pour des pleureuses éternelles.

Cette attitude nous disqualifie et nous déqualifie.

C’est résolu que le Comité cantonal en cette date anniversaire enjoint chacune et chacun à s’engager encore plus fortement au sein de notre SPV.

La dénonciation seule ne suffit pas.

Les pionniers de 1856 ont su créer du lien, de l’amitié, de l’appartenance.

C’est ce lien, cette appartenance et cette amitié dont nous devons être les héritiers.

Ces valeurs seront encore mieux construites avec vous, le comité s’y engage. Pour aujourd’hui et les temps à venir.

C’est ensemble, dans un monde éclaté et trop souvent désenchanté que nous fortifierons l’institution scolaire et le plus beau métier du monde.

Et si c’est un métier impossible. Tant mieux. Nos succès n’en seront que plus remarquables.

Ensemble pour la réussite de tous !

C’est quand même pas mal comme programme !

 
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