Citoyenne, cohérente, partenariale : C’est sous un titre « ronflant » que Madame la Cheffe du département et ses services ont présenté, le 22 août dernier, les grands axes de la rentrée scolaire 2006. Une seule réelle « nouveauté » concrète pourtant, si l’on excepte la nouvelle mouture de l’agenda de l’élève : le retour du « civisme » dans la grille-horaire dès le 8e degré. Une école citoyenne, un système de formation cohérent, ouvert et partenarial : Mazette ! « On a passé d’une école polémique à un débat constructif qui permet de se saisir des grands objets de société dont nous avons la responsabilité, et de les traiter avec nos partenaires ! » C’est ainsi que Mme Lyon présente le climat qui prévaut dans l’école vaudoise lors de cette rentrée 2006. Une « école citoyenne », … une « qualité de débat, de participation, qui tend à faire de ce canton une terre de formation », un canton de Vaud qui « tend à reprendre sa place de leader romand, mais sans arrogance », … des démarcheurs et des entreprise qui permettent au canton d’offrir un nombre inégalé de places et de contrats d’apprentissage, la stabilisation des effectifs de l’OPTI, … des articles de loi dévolus aux conseils d’établissement très bien reçus en commission et bientôt débattus au Grand Conseil, … une école enfantine obligatoire prévue pour la rentrée 2008, après qu’auront été réglés les questions de statut de nos collègues du Cin, … seuls 3% d’échec aux première ECR de fin de Cyp 1 ! N’en jetez plus, c’est Byzance au Jardin d’Eden, l’école vaudoise pacifiée embarquée sur une mer d’huile et conduite sous de délicats alizés caressants ! Alors, quoi ? Pur et bel exercice d’auto-satisfaction, mené par la Cheffe du département à l’occasion de cette rentrée scolaire ? La fin de l’histoire ? Ou bien une réalité vraie que seul un mauvais esprit cynique, effronté et gourmand autoriserait à peindre en couleurs plus nuancées ? Il serait certes irresponsable de jeter pour le plaisir de l’huile sur un feu dont les braises sont tapies sous la cendre ou de quérir des silex pour en allumer de nouveaux : les résultats des enquêtes internationales montrent que ce qui prévaut d’abord à la réussite est un climat serein et la confiance. Mais, comme disait le poète de Lavaux, « Permettez qu’on vous interroge…» : la confiance peut-elle ainsi se décréter ? suffit-il d’une déclamation, si assurée soit-elle, pour faire renaître l’espoir d’un monde pacifique et pacifié ? ou la confiance n’est-elle pas - d’abord - un aboutissement appuyé sur des faits, une conséquence méritée de politiques concrètement menées ? Un peu des deux sans doute. Et dans ce sens, l’affirmation décidée est quand même préférable au pessimisme redondant et à une permanente et démobilisatrice « piorne ». Pourtant… Pourtant, la suppression formelle de la représentation des associations professionnelles au sein des commissions du DFJ - nous y avons déjà fait récemment allusion - n’est pas la marque première du partenariat. Le fait de négocier « en catimini» le statut des doyens sans y associer les grandes faîtières n’est non plus marquée du sceau de la transparence. Encore du pain sur la planche. Pourtant, cette école citoyenne que nous appelons tous de nos vœux est encore à venir[1]. Certes, les Conseils d’établissement bénéficieront bientôt d’un ancrage légal et réglementaire, mais ils restent à mettre en place partout. Certes, la Loi sur l’accueil de jour des enfants devrait permettre à terme les synergies locales qui offriront une solution à l’ensemble des familles, … mais encore faut-il qu’une claire volonté des édiles communaux donne de la chair aux textes législatifs. Certes, le « retour » de l’éducation civique dans la grille-horaire (dès la 8ème en 2006) peut permettre un recentrage sur cette « discipline », en particulier à l’heure où la Constitution vaudoise a offert aux élèves étrangers de ne plus se sentir individus de seconde zone lors des cours consacrés à cette composante citoyenne, … mais encore faut-il que les enseignants y soient prêts et accompagnés : 31 modules de formation continue offerts par la HEP-VD autour des TIC – beaucoup - et des médias - un peu, c’est fort bien, mais on ne trouve quasi rien de spécifique dans les domaines politiques ou économiques ! Enfin, les témoignages reçus montrent qu’en termes de comportement, d’accouet et de peps, les choses ne s’améliorent pas vraiment, au contraire, notamment dès le CYT, ou à l’OPTI, dont le rapport à ce propos est sévère. Pour l’heure, nous prenons acte, avec satisfaction, que Mme Lyon et le Grand Conseil mettent en place des éléments susceptibles de promouvoir non seulement de la sérénité, mais aussi du dynamisme à une école vaudoise qui a trop souffert de querelles stériles et de guerres inutiles. C’est très bien, mais, dans ce cadre, et au risque de passer pour monomaniaque, nous persistons à penser que les effets d’étiquetage de l’école vaudoise - qui persiste à demeurer une des plus sélectives qui soient - restent une des causes importantes à la fois des incivilités et des difficultés d’apprentissage. Cette question-là, il faudra bien la prendre de front : la campagne électorale de la fin de l’hiver à venir doit en donner à tous et toutes l’occasion. En tout cas, c’est sur cela que nous interpellerons la population et que nous interrogerons les décideurs politiques. Dan PS qui, évidemment, n’a rien à voir avec la teneur des propos livrés ci-dessus : A la rentrée 2006, que ce soit au Cin, au CYP, au CYT, en VSO, en VSG, les moyennes du nombre d’élèves par classe augmentent ou sont stables…, mais comme l’a affirmé Mme Lyon, qui se réjouit - et nous aussi - du taux d’orientations en VSB, le DFJ peut compter sur « la qualité de l’enseignement prodigué ». Fort bien. De notre côté, nous rappelons que cette qualité est offerte par des employés de l’Etat pour lesquels le gouvernement ne veut pas à ce jour faire le moindre geste, alors que la convention salariale qui les lie jusqu’en 2008 devait être re-négociée à l’aune des meilleurs résultats financiers…
[1] Dans ce cadre, nous sommes heureux de constater que sur la question de l’uniforme ou sur celle des caméras de surveillance, Mme Lyon est en phase avec la SPV qui prône le dialogue comme valeur première. |