L’uniforme scolaire, hochet de la rentrée…
Vaud - 15/09/2006
Initiative populaire des Démocrates suisses à Bâle-campagne, postulat UDC à Lucerne, postulat d’une députée socialiste sur Vaud, projet pilote à Bâle-Ville, proposition de la direction du parti radical suisse : Waouw ! Quelle unanimité pour l’uniforme à l’école !

La députée socialiste vaudoise Mariela Muri-Guirales l’affirme : pour faire face à des « parents pris en otage par des mécanismes mercantiles imposés par la société de consommation » et des enfants pour qui « les habits de marque […] prennent une importance presque existentielle », il convient « d’étudier la possibilité d’introduire l’harmonisation de la tenue vestimentaire des écoliers ».

Reprenant par ailleurs cette argumentation, les Radicaux suisses, dans une approche d’intégration, vont plus loin : « Un même habit raffermit le sentiment d’appartenance à une communauté »

C’est un débat récurent : il a lieu au Québec et, en 2003, le Vice-président de l’Assemblée nationale française, François Baroin estimait qu’un « uniforme rappellerait que l’école refuse les distinctions sociales et religieuses ».

Hors de toute tradition[1], mais dans un contexte de demande d’ordre et de sécurité qui devient plus que pénible - 15 caméras de surveillance, fonctionnant 24 heures sur 24, ont été récemment installées dans un collège de Lutry…-, une majorité « populaire » a l’air de soutenir cette proposition farfelue. C’est du moins ce que semblent montrer de rapides sondages menés par des médias.

Dans ce débat, sans évoquer la question du coût imposé aux familles ou aux collectivités publiques (plusieurs dizaines de millions par année pour le Canton de Vaud, où l’école publique est gratuite), sans alléguer la potentialité d’effets pervers tels que des « bastons » inter-collèges (dans le cas où la tenue uniforme serait respective aux lieux d’enseignement), et bien que puisse être entendu l’argument de la compétition vestimentaire et celui des excès provocateurs ou « hyper sexualisés »[2] dans ce domaine, nous nous placerons plus volontiers du côté du sociologue Alain Touraine.

Pour ce dernier, défavorable au port de l’uniforme scolaire - qui reposerait sur « la fausse idée que l’école doit être un lieu neutralisé, estompant le plus possible les différences » -, « la grande affaire aujourd’hui c’est au contraire d’intégrer les enfants venus du dehors sans rompre leur histoire personnelle ». A l’imposition de l’uniforme, A. Touraine préférerait qu’on apprenne aux élèves - et aux enseignants - l’importance de la communication entre les cultures.

Quant à l’intrusion des marques commerciales, le sociologue évoque le fait qu’il y a « de l’hypocrisie dans cette phobie, car nous vivons dans un monde marchand ».

Force est de reconnaître que quand une socialiste dénonce une société basée sur la publicité et l’hyper-consommation, elle est au moins cohérente dans son analyse et son engagement.

Que la droite libérale découvre soudain les ravages et les effets de déstructuration sociale du capitalisme marchand est quand même plus croquignolet. C’est d’ailleurs au nom du « libéralisme » que les délégués du parti radical suisse, le 19 août dernier, ont largement repoussé la proposition.

Attaquer la question des discriminations sociales à, de, et par l’école, par le tout petit bout de la lorgnette est triste, regrettable, et finalement assez pathétique.

Mais si, de ce pauvre débat, pouvait émerger une vraie prise de conscience des discriminations reproduites au sein de l’institution scolaire, cette agitation n’aurait pas été vaine.

Une vraie dispute pourrait alors avoir lieu et de vraies réponses apportées à des questions de plus en plus lancinantes.

Jacques Daniélou

 

Enseignement/apprentissage du français en Suisse romande : important document bientôt remis aux collègues vaudois           25 ans après la parution de « Maîtrise du français », la CIIP publie, à l’intention des enseignants de l’école obligatoire, un document d’orientation qui trace les principes généraux de cette discipline en Romandie.

Cette publication, « Enseignement/apprentissage du français en Suisse romande », qui re-précise les grands axes de l’enseignement, est de première importance.

Elle sera distribuée à chacun à l’automne, accompagnée d’un courrier de la Cheffe du département. Avant qu’une rencontre des délégués des établissements scolaires ne soit organisée par le département.



[1] Voir l’encadré en page suivante.

[2] Le Quotidien québécois Le Devoir du 13 septembre 2003, sur le même débat, évoque un phénomène d’érotisation de l’enfance, notamment à travers les tenues vestimentaires.

 
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