Neurasthénie, déprime et sinistrose

Si les salles des maîtres pouvaient s’exprimer, on caractériserait leur état avec des mots tels qu’incompréhension, déception, désenchantement et même dépression, déprime pour les intimes! Quinze mois après des mouvements de grève douloureux, de nombreux enseignants considèrent qu’on s’est moqué d’eux. 

Àl’automne 2016, totalement inédit chez nous, un vaste mouvement de grève a agité les salles des maîtres. Le moteur en était une opposition résolue à une nouvelle grille salariale aux conséquences funestes pour toutes les catégories, quel que soit le degré considéré. Fait remarquable, de nombreux enseignants expérimentés et ainsi préservés se sont joints au combat par solidarité avec leurs jeunes collègues. Cet apport a enrichi l’argumentation et, très vite, la grève s’est présentée également comme une défense de la qualité de notre école.

Dans l’incapacité de renoncer à sa nouvelle grille salariale, le Conseil d’État a cependant consenti à quelques concessions* pour sortir de la grève.

En septembre dernier, en invitant nos membres à la Journée syndicale, nous avons admis que «pour l’essentiel, le Département respecte sa part de contrat dans le difficile contexte financier que l’on connaît. Il y a certes eu un gros couac avec la décision d’enlever une période à chacune des années du cycle 2 et la suppression du REX en 5e et 6e — du moins dans les conditions et l’esprit qui devraient le caractériser.» Nous avons aussi dédié notre rencontre à l’évaluation des fonctions de l’enseignement, opération qui nous semblait essentielle. «À nos yeux, l’absence d’un tel outil dans notre canton est à l’origine du dérapage observé au fil des années, voire des décennies quant aux conditions de travail des enseignants neuchâtelois, à leur statut et leur salaire.»

Retournement de veste!

On aurait dû s’en douter de la part de politiciens… mais nous voulions croire au sérieux des engagements du gouvernement. Pourtant (évidemment, diront certains), les choses ont rapidement évolué dans un très mauvais sens. Dans la frénésie d’économies présentées le 1er décembre dernier par le Conseil d’État pour la législature, il ose renier une des promesses qu’il avait faites pour sortir des grèves: le maintien des effectifs actuels dans la scolarité obligatoire. Cette volte-face s’accompagne d’autres signaux négatifs délivrés au corps enseignant, tels qu’une évaluation des fonctions dont on craint qu’elle soit d’abord destinée à s’exonérer de prétendus privilèges plus qu’à reconnaître les mérites respectifs! Et puis, selon les cycles, l’évaluation des élèves est installée en l’absence d’un accompagnement digne de l’importance du sujet, ce qui conduit inévitablement à une triste pagaille dans la mise en oeuvre. À noter que les prérogatives des cercles contribuent grandement à cette cacophonie!

Découragement…

Si l’on ajoute les messages parasites tel que celui présenté dans le dernier numéro**, les collègues ne perçoivent plus le respect qu’ils estiment mériter de la part de leurs autorités. Et l’on assiste désormais à un spectacle d’une tristesse infinie: l’extinction de la petite lueur d’enthousiasme dans les yeux des enseignants. La révolte de l’automne 2016 est trop souvent remplacée par la résignation et le désengagement. Est-ce ainsi que nos chefs envisagent l’avenir de notre école? • 

 

* Voir «Bilan des grèves de l’automne 2016» sur www.saen.ch

 

** Un goût de paradis

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