Intégration ou inclusion: quelle voie suivre?

Avant de pouvoir se positionner, il convient de préciser la définition de ces deux concepts. «L’intégration scolaire désigne le fait qu’on place un élève ayant des besoins particuliers dans un environnement scolaire adapté à ses besoins, par exemple une classe spéciale dans une école régulière. Quant à l’inclusion scolaire, elle réfère plutôt au fait qu’on place cet élève, quelles que soient ses difficultés, dans une classe ordinaire correspondant à son âge et située dans l’école de son quartier.»

Force est dès lors de constater que pour nombre d’entre nous, un amalgame erroné existe entre ces deux concepts. Ceci étant dit, il convient dès lors de se pencher sur cette problématique. L’intégration ou l’inclusion, qu’elles soient temporaires ou permanentes, questionnent les professionnels de l’enseignement questionnent les enseignants des classes hétérogènes (classes à degrés multiples pour les cours des branches culturelles et éducatives). Jusqu’où devons-nous, pouvons- nous aller? L’école constitue un excellent lieu de socialisation et un moyen d’intégration pour les élèves ayant des besoins spécifiques en raison d’un handicap quelconque.

De plus, cette intégration garantit le développement social et personnel de ces élèves grâce aux interactions qu’ils peuvent développer au contact des autres camarades ainsi que des enseignants des classes hétérogènes. Comme l’explique Patrick Beaufort, inspecteur de la ville de Liège et membre des conseils de l’enseignement spécialisé, «L’enfant reste parmi les siens. Il peut prendre conscience de ses difficultés, chercher à progresser, construire son autonomie, récupérer la confiance et l’estime de lui-même». Cette vision est certes très positive, mais les élèves ayant des difficultés scolaires ou un handicap important sont-ils vraiment et toujours satisfaits de se retrouver confrontés aux autres élèves? Un sentiment d’infériorité et d’échec ne risque-t-il pas aussi de s’installer?

L’intégration et l’inclusion, de plus en plus valorisées, permettent un rapprochement et une collaboration accrue entre les enseignants spécialisés et leurs collègues des classes hétérogènes. L’expérience semble riche pour les équipes enseignantes: échange, pratique réflexive, construction du projet de l’élève, partage des expériences, ouverture d’esprit, etc. Il n’en demeure pas moins des difficultés d’organisation. La collaboration, certes bénéfique, est vite chronophage et les enseignants travaillant à plein temps risquent fort de se retrouver débordés si le nombre de cas à gérer explose. En outre, régulièrement, l’enseignant des classes hétérogènes est confronté à un constat d’échec. Habitué à faire progresser ses élèves et à les évaluer, il ne se satisfait souvent pas des progrès qu’il ne peut pas quantifier et se désole de constater que certaines connaissances restent inaccessibles pour les élèves présentant de graves difficultés scolaires.

Il existe plusieurs freins à une intégration réussie et d’autant plus à l’inclusion. Le nombre de périodes de suivi ainsi que le manque de formation des enseignants «traditionnels» sont souvent relevés. Certains, ayant suivi une formation académique, ne se destinent pas forcément à ce travail avec des élèves présentant des handicaps. Faut-il dès lors leur imposer de se retrouver confrontés à des situations pour lesquelles ils ne sont ni motivés ni préparés? Il est dès lors évident que l’inclusion n’est pas réalisable ni souhaitable si les acteurs ne sont pas préparés ou s’ils ne souhaitent pas s’investir. Il faut accepter qu’elle n’est pas LA solution. Nous ne pouvons pas généraliser ces pratiques, car tant l’intégration que l’inclusion sont des projets individuels.

Si une école inclusive est un dessein extrêmement positif, elle ne peut se réaliser que s’il s’agit d’un projet commun qui regroupe l’adhésion de tous. Comme l’explique Jean-Pierre Coenen, président de la Ligue des droits de l’enfant en Belgique, «s’il n’y a pas une volonté au départ, c’est clair que l’intégration ne va pas être possible ou, en tout cas, elle ne se fera pas dans de bonnes conditions. Tout projet d’intégration nécessite un moteur. (…) Mais avec une enveloppe fermée, comment pourra-t-on permettre à de nouvelles écoles d’entrer dans des projets d’intégration?»

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